CHANT 6

 

CHANT 6

 

Parîkchit : - « Maintenant, sage fortuné, daigne me dire comment l’homme peut éviter d’aller dans les enfers, où l’on souffre tant de de si terribles douleurs. »

 

Çuka : - « Si l’homme n‘expie pas convenablement en ce monde les fautes qu’il a commises en pensées, en paroles et en actions, il va certainement après sa mort dans les enfers aux souffrances cruelles.

Qu’il se hâte donc avant sa mort de faire, avec son âme qui ne meurt pas, pénitence de ses péchés, selon la grandeur ou la légèreté de la faute, comme un médecin qui connaissant les symptômes des maladies, leur applique le médicament convenable. »

 

Çuka : - « L’anéantissement d’une action par une autre action n’est pas réputé définitif, parce que l’agent est toujours ignorant ;

La véritable explication est la science.

L’homme qui vit uniquement de régime, échappe aux maladies ;

De-même celui qui n’accomplit que les actions obligatoires, se prépare peu à peu la délivrance.

 

Par les mortifications, par la chasteté, par la quiétude,

par l’empire que l’on exerce sur les sens, par l’aumône, la vérité,

la pureté, par l’observance des règles qu’imposent la morale et la loi,

les sages, qui connaissent les devoirs et qui sont doué de foi, effacent les fautes qu’ils ont commises en action, en paroles et en pensées,

fussent-elles mêmes très grandes,

de même que le feu consume une touffe de bambous.

Il en est qui dévoués à Vâsudêva, anéantissent tout à fait leurs fautes, uniquement par leur dévotion à ce Dieu, comme le soleil fond la gelée du matin.

Le pécheur, en effet, ô roi, ne se purifie jamais aussi bien par les austérités et les autres devoirs,

que le fait l’homme qui a dévoué son existence à Krishna,

et par le culte rendu aux serviteurs de ce Dieu.

C’est en ce monde la voie régulière, c’est la voie du salut affranchi de tout danger, que celle où marchent les hommes vertueux et pleins de moralité, qui se sont exclusivement livrés à Nârâyana.

Les expiations ne purifient pas plus l’homme qui se détourne de Nârâyana, que l’eau des fleuves ne peut purifier un vase qui a contenu des liqueurs enivrantes.

Les hommes qui éprouvent en ce monde de l’attrait pour les qualités de Krishna,

ont fixé leur esprit une seule fois sur le lotus de Ses pieds,

ne voient plus, même en songe,

Yama ni ses gardes armés de chaînes, car ils ont accomplis leur pénitence. »

 

Les messagers de Vichnou : - « Si vous agissez en effet d’après les ordres de Dharmarâdja, dites-nous qu’elle est l’essence et le caractère de la justice ?

Comment s’applique le châtiment, et quel en est le véritable objet ?

Tous les hommes qui se livrent à l’action, doivent-ils être punis, ou bien seulement quelques-uns d’entre eux ? »

 

Adjâmila : - « Ah ! Combien suis-je malheureux de ne pas m’être vaincu moi-même !

J’ai avili le sang d’un brahmane, en le faisant renaître au sein d’une femme de basse extraction.

Malheur à moi pécheur, qui suis la honte de ma famille et l’objet du blâme des gens de bien !

Car j’ai abandonné une épouse vertueuse pour me livrer à une femme coupable qui s’abreuve de liqueurs enivrantes.

Ingrat que je suis !

J’ai, semblable au dernier des hommes, abandonné mon père et ma mère, vieux, souffrants, sans appui et n’ayant pas d’autre ami que moi.

Certainement je tomberai dans l’enfer épouvantable, où les hommes voluptueux, qui ont violé leurs devoirs, souffrent les supplices de Yama.

 

Est-ce un songe, ou bien ai-je réellement vu ici un miracle ?

Où sont maintenant partis ces hommes qui, des chaînes à la main, m’emmenaient avec eux ?

Et où sont-ils allés ces quatre siddhas dont l’extérieur était si beau, et qui me délivrèrent, au moment où, chargé de chaînes, j’étais entraîné sous terre ?

Il faut que je sois bien heureux pour avoir mérité de voir, misérable comme je suis, ces chefs des immortels, dont la présence a calmé mon cœur.

Autrement l’époux impur d’une esclave n’eût pu, au moment de sa mort, prononcer ici le nom de Vâikuntha.

 

Que suis-je moi, pécheur plein de malice, homme sans pudeur et honte de la race des brâhmanes ?

Et qu’il est grand le bonheur que j’ai eu de prononcer le nom de Bhagavat, quand je me suis écrié :

 - « Nârâyana ! »

 

Je ferai donc tous mes efforts, en me rendant maître de mon esprit, de mes sens et de ma respiration, pour ne pas me plonger de nouveau dans les ténèbres épaisses des enfers.

Dégagé des liens que produisent l’ignorance, la passion et les œuvres, bienveillant pour tous les êtres, calme, charitable, plein de compassion, maître de moi,

je m’affranchirai de l’empire de l’illusion dont l’esprit est l’esclave,

et qui sous la forme d’une femme, s’est fait de moi un jouet, comme d’un misérable animal.

L’esprit fixé sur l’Être qui existe réellement,

renonçant à l’idée de moi et de mien que l’on attache au corps et aux autres objets,

je déposerai au sein de Bhagavat mon cœur purifié par la récitation de son nom et par d’autres pratiques. »

 

Cuka : - « Apprends par-là, ô descendant de Kuru, que la récitation du nom de Vichnou,

qui fait le bonheur du monde,

produit l’expiation définitive des grandes fautes elles-mêmes.

Non, l’âme ne se purifie pas autant par les actes de piété que par la noble dévotion qui l’excite à écouter et à réciter sans cesse les glorieux exploits de Hari.

L’abeille qui a goûté le miel de lotus des pieds de Krishna, ne se plaît plus aux qualités de Mâyâ qu’elle abandonne, parce que le péché en est le fruit ;

L’homme esclave du désir ne sait que faire des œuvres qui ramènent la passion au cœur de son âme. »

 

Le grand roi Soma : - « Oui, c’est le chef des Pradjâpatis, le bienheureux Hari, l’Être impérissable, qui a, dans sa puissance, créé les arbres et les plantes, pour donner la vigueur et la nourriture.

Et vous qui avez été chargés par le Dieu des dieux, et ensuite par votre père, de la création des êtres, comment pouvez-vous détruire les arbres par le feu ?

 - Contenez cette ardente colère ;

Rentrez dans la voie suivie par les hommes vertueux, où ont marché votre père, votre aïeul et vos ancêtres.

Hari le Seigneur suprême habite dans le corps de tous les êtres sous la forme de leur âme ;

Considérez tout cet univers comme son séjour ;

C’est ainsi que lui serez agréables.

Celui qui sait, par l’étude de l’esprit, dompter la colère violente qui s’allume subitement dans son corps, parvient à surmonter les qualités.

Assez de ces malheureux arbres ont été brûlés ;

Consentez à conserver ceux qui restent, et recevez pour épouse cette belle jeune fille qui a été élevée par les arbres. »

 

Pradjâpatis, l’hymne Hamsaguhya : - « J’adresse mon adoration au suprême Svayambhû,

dont l’intelligence ne s’applique pas en vain,

qui s’allie à la cause des manifestations des trois qualités,

dont la forme est invisible pour ceux qui croient à l’existence réelle de ces qualités,

et qui échappe à toute mesure.

 

J’adresse mon adoration à ce grand souverain,

dont l’homme son ami ne voit pas plus l’amitié,

quoiqu’il habite avec Lui dans la ville du corps,

que la qualité n’aperçoit son rapport avec l’Être doué de qualités,

qui la voit Lui distinctement.

 

Les corps, les souffles vitaux, les sens, les facultés de l’esprit, les éléments et les molécules subtiles, ne se connaissent pas plus eux-mêmes, que cet Être qui leur est supérieur.

L’homme connaît l’univers et les qualités ;

Et sachant tout cela, il ne connaît pas encore l’Être infini et omniscient que j’adore.

 

Adoration à Hamsa ! Cet être dont la demeure est pure,

que l’on saisit sous Sa forme absolue,

lorsque le cœur qui dessine les noms et les formes,

suspend son action par la suppression de la vue et de la mémoire.

 

Puisse cet Être que les sages, à l’aide de leur intelligence, extraient de leur cœur où Il réside caché avec ses neuf énergies qui se multiplient par trois,

tout comme on tire le bois du feu que l’on doit allumer le quinzième jour de la lune ;

 

Puisse cet Être, qui supprimant Mâyâ, source de toutes les distinctions, goûte le bonheur du Nirvâna,

cet Être qui a tous les noms, toutes les formes,

et dont l’énergie n’a pas de nom quand elle est renfermée en Lui-même, me témoigner sa bienveillance !

 

Rien de ce qu’exprime le langage,

de ce que peuvent se figurer l’intelligence, les sens ou le cœur,

n’est Sa véritable nature ;

car tout cela est le produit des formes et des qualités, et Lui, au contraire, a pour attributs la destruction et la création des qualités.

 

Celui qui est à la fois le théâtre, la cause, l’instrument, le possesseur, le but, le mode de l’action,

et jusqu’à l’action même qu’Il accomplit comme agent libre ou forcé ;

celui qui est dessus des êtres inférieurs ou supérieurs,

qui est nommé avant tous, celui-là est Brahman, la cause unique et sans seconde.

 

Celui dont les énergies sont, pour les sages qui discutent entre eux,

un sujet de contestation ou d’accord,

et pour leur esprit une cause continuelle de trouble ;

Cet Être immense dont les qualités sont infinies,

c’est à Lui que j’adresse mon adoration.

 

Celui duquel le Yôga et le Sâmkhya soutiennent,

l’un qu’il est, l’autre qu’il n’est pas,

propositions distinctes et contradictoires,

parce qu’elles affirment à la fois d’un sujet unique son existence et sa non-existence,

c’est le grand Être,

qui uniforme et supérieur à tout,

offre des caractères qui s’accordent avec ses deux opinions.

 

Puisse-t-Il m’être favorable,

Bhagavat l’Être infini et suprême,

qui pour témoigner Sa faveur à ceux qui adorent Ses pieds,

a pris, quoiqu’Il n’est ni nom ni forme,

des formes et des noms, en venant au monde et en agissant.

 

Que le Bienheureux Seigneur,

qui pour satisfaire les désirs des mortels,

apparaît dans des corps distincts,

où Il entre par les voies de la science vulgaire,

comme le vent qui prend des odeurs diverses, selon les éléments grossiers auxquels il s’unit ;

Que le Seigneur accomplisse mes souhaits ! »

 

 - « Ôm ! Nous adressons notre adoration à Nârâyana,

qui est Purucha, la grande Âme,

qui est le séjour de la pure qualité de la bonté,

qui est le grand Brahman ! »

 

Indra : - « Ah ! Quelle mauvaise action ne viens-je pas de faire, avec mon intelligence bornée, lorsqu’enivré par l’orgueil de la puissance, j’ai outragé dans l’assemblée mon précepteur spirituel !

Quel est le sage qui ambitionnerait la prospérité même du souverain des trois mondes, puisque c’est elle qui aujourd’hui m’a rabaissé du rang de chef des immortels à la condition d’asura ?

Non, ils ne connaissent pas le devoir suprême ceux qui disent :

 - « L’homme assit sur le trône du souverain ne doit se lever devant qui que ce soit ! »

Ceux qui ont foi aux paroles de ces mauvais conseillers, que leurs erreurs condamnent aux ténèbres infernales, s’y plongent avec eux, semblables à des hommes montés sur un radeau de pierre.

Aussi chercherai-je sans arrière-pensée à obtenir la bienveillance du précepteur des Immortels, de ce brâhmane à l’intelligence profonde, en touchant Ses pieds de ma tête. »

 

 - « Ôm namô Nârâyana ! »

 - « Ôm Vichnavé namah ! »

 

 Vichvarûpa : - « Que les noms, les formes, la monture et les armes de Hari, que ceux qui font l’ornement de son assemblée, protègent en nous l’intelligence, les sens, le cœur et le souffle vital contre tous les maux.

Comme il est vrai que Bhagavat Lui-même est essentiellement ce qui existe comme ce qui n’existe pas pour nos organes, ainsi puissent tous les désastres disparaître devant nous !

Comme il est vrai qu’exempt Lui-même de la distinction qui se manifeste au sein des êtres doués du sentiment de leur unité, Il revêt, à l’aide de sa Mâyâ, des énergies qui prennent le nom d’ornements, d’armes et d’attributs ;

Ainsi puisse Bhagavat qui est Hari, l’Être omniscient et pénétrant partout, nous protéger, à l’aide de toutes ses formes, en tous lieux et toujours !

Qu’Il nous protège aux quatre points de l’horizon et aux points intermédiaires, au-dessus et au-dessous de nous, de tous côtés, au-dedans et au dehors,

le Dieu qui a revêtu la figure d’un homme-lion,

Lui dont la voix chasse tous les dangers du monde,

et dont la splendeur efface toutes les splendeurs. »

 

Les dêvas : - « Puisse-t-il nous venir du secours de la part du Dieu devant lequel tremble le Temps qui met un terme à tout,

le Temps auquel nous apportons avec crainte notre offrande,

nous et le vent, l’air, le feu, la terre, les trois mondes,

et Brahmâ, ainsi que les autres dieux !

Ce Dieu enfin, qui est notre divinité, qui est à la fois l’Être suprême, la Nature, l’Esprit et l’univers dont Il est distinct, ce Dieu secourable est celui auprès duquel nous cherchons tous un refuge ;

Cet Être magnanime nous donnera le bonheur, à nous qu’Il a fait siens. »

 

Les dêvas : - « Adoration à Toi qui es L’énergie du sacrifice !

Adoration à Toi qui es aussi la durée ;

A Toi qui lances le Tchakra ;

A Toi que l’on invoque sous tant de beaux noms !

Celui qui n’est pas encore parvenu à la délivrance n’est pas capable, ô Créateur, de connaître Ta Demeure suprême, ô Souverain des trois voies de l’existence.

Ôm !

Adoration à Toi, bienheureux Nârâyana, qui es Vâsudêva, Âdipurucha, Mahâpurucha ;

À Toi en qui résident la majesté, le bonheur suprême, la suprême vertu et l’immense miséricorde ;

A Toi qui es l’unique contenant de l’univers, le seul Souverain des mondes, le Seigneur universel, l’époux de Lakchmî.

Quand par la pratique de l’ascétisme le plus élevé que développe et éclaire la méditation profonde du Yôga,

les ascètes ont ouvert les portes de leur esprit que fermaient les ténèbres, le sentiment de leur propre béatitude

qui leur arrive de lui-même dans le monde de l’âme,

c’est Toi ! 

 

Si tu parais favorable ou contraire, c’est que Tu te conformes aux idées de ceux qui Te croient tel ou tel ;

Mais en réalité, Tu es l’essence de toute essence, le souverain de toutes choses, la cause de toutes les causes de l’univers,

et qu’ayant pour attributs tous les phénomènes visibles des qualités, parce que Tu es l’Esprit intérieur de toutes les créatures,

Tu es l’Être unique qui reste après que toute autre chose a disparu. »

 

Les dêvas : - « Est-ce donc une chose si difficile à abandonner que le corps, ô Brâhmane, pour les hommes compatissants, pour les grands personnages, comme toi, dont les actions doivent être célébrées dans de pures stances ?

Tout entier à son intérêt, l’homme ne connaît pas la détresse de son semblable ;

S’il la connaissait, il ne lui demanderait pas de faire pour lui un sacrifice ;

Mais aussi l’homme capable de ce sacrifice ne doit pas dire non. »

 

Vrîtra : - « La mort est l’inévitable partage de tout ce qui est né, et il n’existe en ce monde aucun moyen de s’en affranchir ;

Si la gloire et le séjour du ciel peuvent en être la récompense, quel est celui qui ne choisirait pas comme un bienfait un trépas honorable ?

Il est en ce monde deux genres de mort glorieuse et difficile à obtenir :

 - L’une est celle que trouve l’homme absorbé dans le Yôga, lorsque ayant dompté sa respiration en méditant sur Brahman, il abandonne son corps ;

L’autre est celle que le guerrier qui ne tourne pas le dos, rencontre au premier rang sur la couche des braves. »

Vrîtra : - « Du côté où est Hari, là sont la victoire, la fortune et la vertu !

Pour moi, fixant mon cœur sur le lotus de Ses pieds, selon ce que m’a enseigné Samkarchana, délivré des chaînes vulgaires par le choc de Ta foudre, je quitterai le monde pour suivre la voie d’un solitaire.

 

Il ne donne pas aux siens, à ces hommes qui pensent exclusivement à Lui, les félicités du ciel, de la terre et des régions de l’abîme ;

Car elles engendrent la haine, la crainte, la douleur, l’orgueil, les disputes, le crime et la fatigue.

 

Ce que notre Maître accorde à l’homme, ô Chakra, c’est d’être délivré des peines qu’il se donne pour atteindre aux trois objets de ses désirs ;

Tu peux, d’après cela, te faire une idée de la bienveillance de Bhagavat, que d’autres que les pauvres ont tant de peine à mériter.

 

Oui, Hari, je serai à l’avenir l’esclave des esclaves qui n’ont d’autre asile que Tes pieds ;

Puisse mon cœur, ô Maître de la vie, se rappeler Tes attributs, ma voie chanter Tes œuvres, mon corps imiter Tes actions !

Non, Dieu de vertu, je ne désire ni le sommet le plus élevé du ciel, ni la puissance souveraine, ni l’empire de toute la terre, ni la domination des régions infernales, ni les perfections du Yôga, ni l’exemption de la renaissance, s’il faut pour cela renoncer à Toi.

Comme les oiseaux auxquels les ailes n’ont pas encore poussé, appellent leur mère ;

Comme les jeunes veaux, pressés par la faim, recherchent le lait ;

Comme une amante désolée désire son amant parti pour un pays lointain :

 - Ainsi mon cœur aspire à Te voir, ô Toi qui as des yeux semblables au lotus !

Puissé-je, pendant que je roule sous l’influence de mes œuvres dans le cercle de la transmigration, éprouver de l’amitié pour les serviteurs du Dieu dont la gloire est excellente, et ne pas sentir mon cœur enchaîné pat Ta Mâyâ, Seigneur, à mon corps, à mes enfants, à ma femme et à ma maison ! »

 

Vrîtra : - « Les méchants, qui prennent le corps pour l’âme, peuvent vouloir combattre en tous lieux, mais ils ne triomphent ni partout, ni toujours ;

Le seul vainqueur est le Maître de la naissance, de la destruction et de la mort, le Purucha primitif, éternel et omniscient.

Celui sous l’empire duquel respirent les mondes avec leurs gardiens, soumis comme les oiseaux pris dans un filet, c’est le Temps, cause de tout en ce monde.

Ignorant que le Temps est l’énergie, la vigueur, la force, l’immortalité et la mort, l’homme prend sa personne matérielle pour la cause véritable.

Semblables à une poupée de bois, semblables à l’antilope qui est le produit d’une mécanique, sache, ô Maghavan, que les créatures sont sous la dépendance du Seigneur Bienheureux.

L’Esprit, la Nature, le principe manifesté de l’intelligence, la personnalité, les éléments, les sens et le cœur, sont, sans Sa faveur, impuissants à créer l’univers.

L’ignorant toutefois se croit sans supérieur, il se croit souverain ;

Mais c’est le seigneur qui crée Lui-même les êtres par les êtres, et les détruits les uns par les autres.

La longévité, le bonheur, la gloire, l’empire, tous les biens, en un mot, que souhaite l’homme, arrivent, ainsi que les maux qu’il ne désire pas, chacun au temps marqué.

Aussi l’homme doit-il être indifférent au plaisir et à la peine que causent la gloire et le déshonneur, la victoire ou la défaite, la vie ou la mort.

La bonté, la passion, les ténèbres sont les qualités de la Nature et non de l’Esprit ;

Celui-là n’est pas enchaîné, qui connaît que l’esprit est spectateur au sein de la Nature ! »

 

Aggiras et Nârada : - « Qu’était pour toi jadis, ô prince, celui que tu pleures, et qu’étais-tu pour lui dans l’ordre de la création ?

Qu’êtes-vous aujourd’hui et que serez-vous dans l’avenir l’un à l’autre ?

De même que la force d’un courant disperse et rassemble alternativement les sables, ainsi le temps réunit et sépare tour à tour les êtres vivants.

Tout comme parmi les graines, les unes poussent et les autres ne réussissent pas, ainsi font, parmi les êtres, les créatures, que pousse la Mâyâ du Bienheureux Seigneur.

Nous, toi, et tous ces êtres mobiles et immobiles, qui sont du même temps que toi, tout cela n’existe pas plus aujourd’hui, que cela n’existait avant de naître et ne doit exister après leur mort.

Incréé, Lui-même, le Souverain des êtres crée, conserve et détruit les unes par les autres, les créatures créées par Lui et soumises à Son empire ;

C’est un jeu auquel Il ne donne pas plus d’attention que ne ferait un enfant.

C’est par un corps, au moyen d’un autre corps, qu’est engendré le corps nouveau qu’habite l’esprit individuel ;

Ainsi d’une semence sort une autre semence :

 - Semblable à l’élément qui reçoit la graine, l’Esprit seul est permanent.

 

La distinction de l’Esprit d’avec le corps est l’œuvre antique de l’ignorance ;

C’est comme, dans les objets matériels, la distinction du genre et de l’espèce. »

 

Nârada, le sage bienheureux : - « Ôm ! Méditons :

 - Adoration à Toi, bienheureux Vâsudêva !

Adoration à Pradyumna, à Anirudha et à Samkarchana !

 

Adoration à Celui qui est toute science, qui a pour forme la béatitude suprême, qui trouve en Lui-même Sa joie, qui est calme, qui fait cesser la vue de la dualité !

Adoration à Celui qui repousse les vagues de Ses énergies par le seul sentiment de Sa propre béatitude !

Adoration au grand Hrîchîkêça !

 

Qu’il nous protège, l’Être sans nom et sans forme, tout esprit, supérieur à ce qui est comme à ce qui n’est pas pour nos organes,

L’Être unique sur lequel se tait la voix de l’homme sans pouvoir plus l’atteindre que son intelligence.

A celui par lequel est créé et détruit cet univers ;

A celui au sein duquel Il subsiste, comme l’espèce de terre que l’on nomme argile se trouve dans tous les vases qui en sont faits ;

A Toi qui es Brahmâ, adoration !

 

Celui que ne touchent ni ne connaissent les sens et le souffle vital, le cœur et l’intelligence ;

Celui qui, comme l’air, est étendu au-dedans et au dehors de tous les êtres, je m’incline devant lui.

 

Cet être qui à l’aide d’une portion de sa substance, donne l’activité au corps, aux organes des sens, au souffle vital, au cœur et à l’intelligence, qui autrement resteraient aussi impuissants que le fer non échauffé l’est à brûler,

c’est Lui qui, dans Ses diverses situations ici-bas, se cache sous le nom d’âme voyante.

 

Om ! Adoration au bienheureux Mahâpurucha, qui est doué d’une grande majesté !

Adoration à l’époux de la grande Vibhûti !

Adoration à Toi dont les chefs des satvatas, réunis en foule, caressent les pieds semblables au lotus, de leurs mains entr’ouvertes comme des boutons de fleurs ;

A Toi, Dieu suprême, Dieu très-haut ! »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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