LIVRE 4 (1ère partie)

 

BHAGAVATA-PURANA - LIVRE 4 ( 1ère partie)

 

Le Manu : - « Par la patience, par la compassion, par la bienveillance et par l’égalité d’âme à l’égard de toutes les êtres, on obtient la faveur de Bhagavat, qui est l’âme de toutes les créatures.

L’homme qui a une fois obtenu sa bienveillance, affranchi dès lors des qualités de la nature et débarrassé des conditions de la vie, parvient à être absorbé au sein du Brahman.

C’est à l’action des cinq éléments réunis que l’homme et la femme doivent leur existence ;

Puis, c’est l’union des deux sexes qui donne en ce monde la vie à de nouveaux couples.

Ainsi se déroule la création, la conservation et la destruction de l’univers, par l’effet du changement successif des qualités que produit la Mâyâ dont dispose l’Esprit suprême.

Le souverain Seigneur, qui n’a pas lui-même de qualités, n’a agi dans ces phénomènes que comme cause première ;

Sous l’action de cette cause, l’univers visible et invisible tout entier, fait sa révolution, comme le fer attiré par l’aimant.

C’est Bhagavat qui, dirigeant son énergie vers des fins diverses selon le développement des qualités qu’amène l’action du temps, crée cet univers, quoiqu’il soit inactif, et le détruit, quoiqu’il ne soit pas destructeur ;

Mais l’énergie de celui dont la puissance est si grande est incompréhensible.

Il est le temps infini qui met à tout un terme, qui est sans commencement et qui donne le commencement à tout, qui est inaltérable, qui engendre le fils par le père, et qui détruit toutes choses par la mort.

Il n’a pas plus d’amis que d’ennemis cet Être supérieur, qui sous la forme de la mort, s’empare également de toutes les créatures ;

Il court, et à sa suite se précipite, entraînée malgré elle, la foule des êtres, de même que la poussière suit le souffle du vent.

Le Seigneur souverainement parfait envoie à l’homme misérable soit une fin prématurée, soit une longue existence, conditions dont Il est Lui-même totalement affranchi.

Quelques-uns l’appellent l’action ;

Quelques autres la disposition naturelle ;

Ceux-ci le temps ;

Ceux-là, le destin ;

D’autres enfin, le désir de l’Esprit suprême.

Personne ne connaît, ami, ni l’origine ni les desseins de cet Être qui est insaisissable aux sens, qui est incommensurable, qui est la source des énergies variées.

Ce ne sont pas, ô mon fils, les serviteurs du Dieu des richesses qui sont les meurtriers de ton frère ;

C’est le destin, cette énergie de l’Esprit suprême, qui cause la naissance et la mort.

Le Seigneur est celui qui créé l’univers, c’est Lui qui le soutient et le détruit ;

Et cependant, affranchi du sentiment de la personnalité Il n’est affecté ni par les qualités ni par les œuvres.

Créateur, souverain et âme de tous les êtres, Il s’unit à Mâyâ son énergie, pour créer, conserver et détruire les créatures.

 

Réfugie-toi donc de toute ton âme auprès de celui dont dépend le monde,

de celui qui est la destinée, qui est à la fois l’immortalité et la mort,

de celui auquel es créateurs de l’univers apportent leur offrande, attachés à Lui, comme les vaches enchaînées par les naseaux.

 

O toi qui, blessé au cœur par les paroles de ta belle-mère, quittas à l’âge de cinq ans celle qui t’avais mis au jour, pour te retirer dans la forêt,

et qui, ayant honoré par tes austérités celui dont les facultés sont out intérieures, as obtenu la place la plus élevée au sommet des trois mondes.

Porte au-dedans de toi ton regard,

et cherche en ton âme affranchie de sa propre forme,

l’Être qui y réside, cet être exempt de qualités, unique, impérissable,

qui est l’Esprit, qui est complétement libre,

et au sein duquel on voit l’univers qui paraît distinct de Lui, mais qui n’existe réellement pas.

Vouant alors une dévotion exclusive à Bhagavat, qui est l’Esprit ramené sur lui-même, qui est infini, qui est la béatitude même, et qui produit toutes les énergies,

tu trancheras peu à peu le lien de l’ignorance, d’où naît du sentiment du moi et mien.

Dompte, et puisse le bonheur être avec toi, cette colère qui est le plus grand obstacle à ton salut ;

Dompte-la au moyen de mes conseils, comme on guérit une maladie avec un médicament.

Le sage qui désire pour lui la sécurité suprême ne doit pas se rendre esclave d’une colère qui fait de l’homme qu’elle domine,

un objet d’épouvante pour le monde. »

 

Prîthou : - « Ô Seigneur bienheureux !

O Toi qui es le premier des êtres généreux !

Comment un sage pourrait-il te demander des faveurs réservées aux dieux qu’anime le sentiment de la personnalité, et même aux mortels condamnés à l’enfer ?

Non, je ne les ambitionne pas, ô souverain Maître de la délivrance absolue.

 

Je n’aimerai jamais, Seigneur, les lieux où l’on ne voit pas le nectar du lotus de Tes pieds tomber de la bouche des sages magnanimes qui le laissent échapper de leurs cœurs.

Donne-moi dix mille oreilles pour les entendre ;

C’est là la faveur que je sollicite.

 

Le vent qui accompagne une seule goutte de l’ambroisie du lotus de Tes pieds, ô Toi dont la gloire est excellente, au moment où elle tombe de la bouche des sages, réveille la mémoire des mauvais Yôgis même qui marchent dans l’oubli de la vérité.

Quant à nous, nous n’avons pas besoin d’autres faveurs.

 

Comment, ô Dieu glorieux, l’homme qui, dans une assemblée respectable, a entendu, ne fût-ce qu’une fois et en passant, ta gloire fortunée, pourrait-il,

s’il en connaît les vertus et s’il n’est pas un animal stupide, cesser de l’écouter,

quand on voit Çrî, dans son ardeur à réunir tous les mérites, préférer à tout cette gloire ?

 

Aussi Te recherché-je, Toi le meilleur de tous les esprits, Toi l’asile des qualités, avec un empressement égal à celui de la déesse dont la main tient un lotus ;

Et quoi que nous poursuivions tous deux le même époux, il n’y a pas entre nous de jalousie, parce que nous n’avons l’un et l’autre qu’une même pensée de Tes pieds.

Mais, ô Seigneur de l’univers, si celle qui a engendré les mondes me fait obstacle, parce que je désire Te servir comme elle, le Dieu qui aime les pauvres sait grandir ce qui est petit ;

Et d’ailleurs quel besoin a de la déesse celui qui est satisfait de sa propre majesté ?

 

C’est pour cela que les gens de bien Te recherchent, ô Toi qui échappe au trouble que produisent les qualités de Mâyâ.

En effet, ô Bhagavat, nous ne voyons, pour les hommes vertueux, d’autre cause de bonheur que le souvenir de Tes pieds.

Oui, elles sont faites pour séduire les mondes, ces paroles que Tu as dites à Ton serviteur, quand tu l’as engagé à demander une grâce.

Si l’homme n’était pas enchaîné par le lien de la parole, comment, toujours trompé, se livrerait-il aux œuvres ?

 

Puisque séparé de Toi par Ta Mâyâ, Seigneur bienheureux, de Toi qui es la vérité même, l’ignorant désire autre chose que Toi, consens à faire Toi-même notre bien, comme un père fait celui de son enfant. »

 

Prîthou : - « Quelle bonne œuvre ai-je donc accomplie, ô vous dont la vertu est la voie, pour avoir le bonheur de contempler des sages que les Yôgis eux-mêmes ont tant de peine à voir ?

Qu’y a-t-il de difficile, dans ce monde ou dans l’autre, pour celui qui obtient la bienveillance des brâhmanes, de Chiva, de Vichnou, et de leurs serviteurs ?

Ces sages en effet parcourent les mondes ;

Mais les mondes ne les voient pas plus que les éléments visibles, causes de cet univers, n’aperçoivent l’Âme qui voit tout.

Quoique pauvres, ils sont certainement riches les chefs de maison vertueux, dans la demeure desquels l’eau, le gazon, la terre, le maître de logis et les domestiques sont agréés des plus vénérables personnages.

Mais ce sont des arbres, repaires du serpent, que les maisons mêmes où abondent tous les biens, quand les serviteurs de Celui dont les pieds sont un étang sacré, ne les viennent pas visiter.

Soyez les bienvenus, ô les meilleurs des brâhmanes, vous qui, malgré votre jeunesse, désireux de vous sauver, accomplissez avec foi et constance les longs devoirs de la dévotion.

Quel peut être notre bonheur, à nous qui n’avons d’autre but que les objets des sens,

à nous que nos œuvres ont fait tomber dans ce monde où l’on ne sème que la misère.

Les souhaits de bonheur que l’on adresse à des hôtes, ne sont pas nécessaires avec des sages qui, comme vous, trouvent leur satisfaction en eux-mêmes,

et chez lesquels n’existent pas même les idées de bonheur et de malheur.

Je vous adresse cependant mes vœux avec confiance,

à vous qui êtres les amis de ceux qui se mortifient en ce monde,

pour que dans cette existence le bonheur ne vous abandonne jamais.

C’est certainement Bhagavat, l’Être incréé, l’Âme des sages maîtres de leur cœur,

qui, se donnant à Lui-même l’existence par bienveillance pour Ses amis, parcourt la terre sous cette forme de Siddha. »

 

Sanatkumâra : - « Tu as bien fait, grand roi, dans ta bienveillance pour tous les êtres, de nous adresser tes vœux, quoique tu connusses qui nous sommes ;

De pareilles dispositions sont celles des hommes vertueux.

La rencontre des gens de bien, et les souhaits, également approuvés de celui qui les prononce et de celui qui les reçoit, qu’ils s’adressent en s’abordant, font le bonheur de tous. »

Sanatkumâra : - « Il n’y a pas au monde pour l’homme d’anéantissement plus réel que cet oubli de soi-même qui porte l’âme à trouver hors d’elle quelque chose de plus précieux qu’elle-même. »

 

Sanatkumâra : - « Réfugie-toi auprès de Vâsudêva ;

C’est par la dévotion qu’ils éprouvent pour les gracieux pétales du lotus de Ses pieds,

que les sages délient le nœud du cœur, ce siège de l’action, bien plus sûrement que les ascètes mêmes qui,

l’esprit vide de toute pensée, ramènent à eux le courant rapide de leurs sens. »

 

Les déesses : - « Qu’y a-t-il de difficile pour les mortels qui,

pendant leur existence passagère en ce monde,

se livrent à l’inaction, qui est la véritable voie pour atteindre à Bhagavat ?

Oui, elle est grande la misère à laquelle se condamne ici-bas l’être ennemi de lui-même qui,

au sein de la condition humaine,

laquelle est un moyen de salut, s’attache encore aux objets extérieurs »

 

Voici la prière pure, fortunée, suprême, source de béatitude, qu’il faut répéter distinctement :

Rudra, le bienheureux Chiva : - « Victoire à Toi !

Puisse le bonheur être avec moi, pour que j’obtienne la félicité de ceux qui connaissent le mieux l’Esprit !

Tu es accompli dans Ta béatitude ;

Adoration à Toi qui es l’Âme universelle !

 

Adoration à Celui dont le nombril a produit un lotus,

à Celui qui est l’Âme des éléments, des molécules et des sens,

à Vâsudêva qui es calme, uniforme et resplendissant par Lui-même !

 

Adoration à Samkarchana qui est invisible, infini, et qui met un terme à tout !

Adoration à Pradyumna, à l’Esprit intérieur qui est la lumière du monde !

 

Adoration adoration à Aniruddha, L’Âme de l’organe interne qui dirige les sens !

Adoration à Paramahamsa qui est accompli, et qui se contient Lui-même !

 

Adoration à Celui qui est la Voie du ciel et de la délivrance !

A Celui qui siège toujours dans un cœur pur ;

A Celui dont la semence est d’or ;

A Celui qui est le sacrifice aux quatre prêtres officiants, qu’Il dirige !

 

Adoration à Celui qui est la nourriture des mânes et celle des dieux, qui est la semence du sacrifice, le Maître du triple Vêda ;

A Celui qui donne la nourriture aux êtres vivants,

à Celui qui est l’essence de tous les sucs !

 

Adoration à Celui qui est le corps où résident les âmes de toutes les créatures,

qui est la plus solide de toutes les formes !

 

Adoration à Celui qui protège les trois mondes,

à Celui qui est la vigueur, l’énergie et la force !

A Celui qui est l’air qui nous révèle l’existence des corps,

qui est l’Esprit intérieur et extérieur,

qui est ce monde du ciel, pur et resplendissant d’un immense éclat !

A celui qui est l’action et l’inaction ;

A celui qui est le sacrifice dont la récompense est parmi les pitrîs et les dêvas !

 

Adoration à Celui qui est la Mort, cette divinité qui punit l’injustice et envoie le malheur !

 

Adoration à Toi, bienheureux Seigneur, qui es la source des bénédictions ;

A Toi, Dieu intelligent, qui es la Loi universelle, qui es Krîchna dont l’intelligence est infatigable, qui es l’antique Purucha, le Maître de la doctrine du Sâmkhya et du Yôga !

 

Adoration à Celui qui réunit en lui-même la triple énergie,

qui est Mîdhvas, qui est l’âme de la personnalité ;

A Celui dont la pensée et l’action sont la forme ;

A l’Auteur des productions variées de la parole !

 

Accorde à nos désirs cette faveur que Tes serviteurs estiment tant ;

Montre-nous cette forme si chère à ceux qui t’aiment, et où apparaissent des perfections qui s’adressent à tous les sens ;

Qui est sombre comme la nuée humide pendant la saison pluvieuse, …

Car c’est Toi qui montres la voie à ceux qui sont dans les ténèbres.

 

Celui qui désire la pureté de l’âme, doit méditer sur cette forme ;

Car la dévotion avec laquelle l’homme fidèle à son devoir s’y unit de cœur, lui donne la sécurité.

 

Tu ne peux être saisi que par celui qui T’est dévoué, et les êtres, quels qu’ils soient, ne t’atteignent pas aisément, puisque Tu es un objet de désir pour le souverain même du ciel ;

Tu es la voie de celui qui ne connaît plus que l’Esprit.

 

Quand on a offert au Dieu qu’il n’est pas facile d’adorer le culte de cette dévotion exclusive à laquelle les gens de bien eux-mêmes parviennent si difficilement, pourrait-on désirer, hors de ce monde, autre chose que Ses pieds ?

Que l’homme cherche là un refuge,

et le temps cessera de le regarder comme une proie,

le temps qui ébranle l’univers d’un seul mouvement de ses sourcils qu’agitent la puissance et la force.

Non, je ne donnerai pas un instant d’entretien avec ceux qui Te sont dévoués,

pour la possession du ciel,

pour l’avantage de ne plus renaître,

à plus forte raison pour les biens des mortels.

Aussi puissé-je jouir de la société des hommes doués de bonté et de compassion pour les créatures,

des hommes qui se sont lavés de leurs souillures extérieures et intérieures,

en se plongeant dans les eaux de Ton fleuve et au sein de Ta gloire, ô Toi dont les pieds peuvent effacer toute faute !

C’est là la grâce que je Te demande.

 

Oui, il connaît bientôt Ta voie,

le solitaire dont l’intelligence éclairée par le spectacle de leur dévotion, échappe à l’agitation que causent les objets extérieures,

et n’entre pas, parce qu’elle est pure, dans l’abîme des ténèbres.

Il connaît cette essence qui est le pur Brahman,

qui est la lumière, qui est, comme l’éther, étendue partout,

au sein de laquelle apparaît le monde,

et qui brille au sein de tous les êtres.

 

O Toi qui, toujours inaltérable, crées, conserves et détruits cet univers, à l’aide de Mâyâ, cette énergie aux nombreuses formes, qui, impuissante quand elle repose en Ton sein, faire croire qu’elle est distincte de Toi, et donne au monde une apparente réalité ;

O Bhagavat, nous savons que Tu es naturellement indépendant.

 

Les Yôgis doués de foi, font bien pour leur salut, d’honorer par les cérémonies prescrites Ta forme que caractérisent les éléments, les sens et la personnalité ;

Car ils sont ainsi habiles et dans le Vêda et dans le Tantra.

Tu es l’être unique, le primitif Purucha en qui sommeille cette puissance par l’action de laquelle se distinguent l’une de l’autre les qualités de la passion, de la bonté et des ténèbres,

et d’où sortent les principes de l’intelligence et de la personnalité, le ciel, le vent, le feu, l’eau, la terre, les dieux, les rîchis, la foule de êtres et l’univers tout entier.

 

L’Être suprême, en effet, entre avec une portion de Lui-même et sous quatre formes différents, dans la ville du corps qu’Il a créée par Sa puissance ;

Aussi appelle-t-on Purucha, cet être qui, enfermé dans le corps, y perçoit les objets par le moyen des sens, comme l’abeille dans sa ruche jouit du miel qu’elle fabrique.

C’est encore Toi, Toi dont l’essence ne peut être connue, qui, dans Ta course impétueuse, entraîne les mondes avec une irrésistible puissance, renversant les êtres les uns par les autres, comme le vent qui dissipe les nuages amoncelés.

Pendant que l’homme dont la cupidité insatiable se passionne pour les objets, et distrait par la pensée de ses desseins,

Toi qui veilles pour tout détruire, Tu te précipites tout à coup sur lui, comme le serpent qui, pressé par la faim, agite sa langue à la vue du rat qu’il va dévorer.

 

Comment, s’il est sage, pourrait-il abandonner le lotus de Tes pieds, l’homme dont Tu punis le mépris par la destruction de son corps, puisque Brahmâ notre maître et les quatorze Manus Te célèbrent, pleins de terreur et sans autre motif qu’une entière confiance ?

Aussi es-Tu pour nous, qui Te connaissons, et Brahman et l’Esprit suprême ;

L’univers entier tremble au nom de Rudra, mais Tu es la Voie où cesse toute crainte. »

 

 - « Honorez cet Esprit qui réside en vous et au sein de tous les êtres,

en prononçant et en méditant sans cesse le nom de Hari ! »

 

 

Comments

Popular posts from this blog

CHANT 6

LIVRE 7