CHANT 9
CHANT 9
Le roi : «
- Raconte-moi les glorieuses actions de tous les princes à la renommée pure qui
ont vécu, qui doivent vivre un jour, et qui vivent aujourd’hui. »
Brahmâ :
- « Ô roi, le temps a emporté tous ceux auxquels tu avais songé en ton
cœur ;
Et l’on entend même
plus parler des familles, de leurs fils, de leurs petits-fils et de leurs
derniers neveux.
Il s’est écoulé
depuis que tu es ici une période de temps égale à Vingt-sept quaternions de
Yugas ;
Va donc, et cherche
Baladêva, ce héros à la grande vigueur qui est une portion du Dieu des
dieux ;
Donne, ô roi, ce
joyau d’entre les femmes au joyau d’entre les hommes.
Bhagavat qui donne
l’existence aux créatures et dont le nom répand la pureté, qu’on l’entende ou
qu’on le répète, s’est incarné à l’aide d’une portion de sa substance, pour
débarrasser la terre du fardeau qui l’accablait. »
Brahmâ :
- « Ce Dieu, qui es le temps lui-même, et devant lequel doit disparaître
ma demeure ainsi que l’univers, lorsqu’à la fin de ses jeux, quand les deux portions
de ma vie se seront écoulées, il veut le consumer d’un seul mouvement de ses
sourcils ;
Ce Dieu aux ordres
duquel nous sommes tous soumis, c’est pour le bien du monde que nous portons
ses ordres sur notre front. »
Chamkara :
- « Nous ne pouvons rien, ami, contre ce Dieu immense, au sein duquel
apparaissent et disparaissent en leur temps des milliers de Brahmâs, d’âmes
vivantes et d’univers distincts de celui que nous voyons et dont le spectacle
est pour nous un sujet de trouble. »
Durvâsas :
- « Ô Atchyuta, ô Dieu infini, Toi l’objet des désirs des gens de bien et
l’auteur de l’univers, protège un pécheur qui t’a outragé.
J’ignorais Ta
puissance suprême, lorsque j’ai fait tort à un de ceux que tu aimes ;
Accorde-moi le
pardon, de cette faute, ô Créateur, Toi dont l’homme condamné à l’enfer n’a
qu’à prononcer le nom pour être délivré. »
Sâubhari :
- « Hélas ! Voyez ma chute, la chute d’un ascète si exact à remplir
les bonnes pratiques.
La vue des ébats d’un
poisson dans les eaux a renversé cette vertu brâhmanique pendant longtemps si
ferme.
Que celui qui désire
le salut évite la société des hommes unis aux femmes ;
Qu’il s’attache de
toute son âme à ne pas laisser ses sens s’échapper au dehors ;
Que vivant seul, il
unisse en secret sa pensée au suprême Ananta ;
Et s’il voit des
hommes, que ce soient des gens de bien qui ne songent qu’à ce Dieu.
La vue d’un poisson
dans les eaux a multiplié un seul homme, un solitaire, dans ses cinquante
femmes, dans ses cinq mille enfants ;
Je ne vois pas
de terme aux désirs que je conçois pour
ce monde et pour l’autre, parce que privé de raison par les qualités de Mâyâ,
je place dans les objets le but de l’homme. »
Amchumat :
- « Si le Dieu incréé ne te voit pas, Toi l’être qui lui est
supérieur ;
Si malgré toutes les
ressources de la méditation, il n’est pas aujourd’hui encore éclairé par la
science, comment les autres créatures, nées des produits de Son cœur, de Son
corps et de Son intelligence, comment des hommes aussi peu instruits que nous
pourraient-ils Te connaître ?
Les êtres corporels,
livrés tout entiers aux trois qualités, n’aperçoivent que ces qualités, ou même
ne voient que les ténèbres ;
N’ayant de lumière
que sur l’extérieur, ils ne Te reconnaissent pas au fond de leur âme, parce que
Ta Mâyâ trouble leur intelligence.
Et moi qui ne suis
qu’un insensé, comment pourrais-je me faire une idée de Toi qui es toute
science, de Toi que saisissent seuls Sananda et les autres solitaires à qui
leur nature a permis de secouer l’erreur de la distinction produite par les
qualités de Mâyâ.
Nous t’adorons, Toi
qui est l’antique Purucha, Toi au sein de qui disparaissent les qualités, les
actes et les attributs de Mâyâ ;
Qui n’a ni nom, ni
forme ;
Qui es au-dessus de
ce qui existe comme de ce qui n’existe pas pour nos organes ;
Toi enfin qui a pris
un corps pour enseigner la science.
Dans ce monde, œuvre
de Ta Mâyâ, les hommes, dont le désir, la cupidité, l’envie et l’erreur
troublent l’intelligence, roulent à travers les divers états tels que celui de
maître de maison, avec la pensée que tous ces états sont réels.
Aujourd’hui, âme de
tous les êtres, le lien puissant de l’erreur que forment les désirs, les
actions, les sens et le cœur, a été rompu en moi, ô Bhagavat, par le bonheur
que j’ai eu de Te voir. »
Mûlaka :
- « Non, ma propre vie, mes enfants, ma femme, le bonheur, la possession
de la terre, la royauté, ne me sont pas plus chers que la caste des brahmanes,
qui sont des divinités pour ma famille.
Même dès ma première
enfance, mon cœur avait de la répugnance pour la justice ;
Je ne voyais
absolument pas d’autre être que le Dieu dont la gloire est excellente.
Les dêvas, souverains
des trois mondes, m’ont accordé les dons que je pouvais désirer ;
Mais je ne veux rien
de ce qui flatte les désirs, parce que ma pensée est toute entière au Dieu qui
a donné l’Être aux créatures.
Les dêvas dont les
sens et la pensée sont emportés au dehors, ne voient pas l’Esprit, leur ami
constant, qui réside en leur cœur :
- Comment donc les autres créatures
pourraient-elles Le connaître ? »
Le héros :
- « Non, nous ne Te connaissons pas avec nos intelligences stupides, Être
immense, Toi qui es absolu, le primitif Purucha et le souverain des
mondes ;
Tu es le maître des
qualités de la bonté, de la passion et des ténèbres, qui produisent l’une les
troupes des dieux, l’autre les chefs des créatures, et la dernière ceux des
bhûtas. »
Un brahmane :
- « Et moi aussi, ô belle femme, enchaîné par l’affection que j’ai pour
toi, misérable et troublé par la magie dont tu me charmes, je ne me reconnais
plus moi-même.
Tout ce que la terre
produit de riz, d’orge, d’or, de
bestiaux, de femmes, serait insuffisant pour satisfaire l’homme qui est
esclave du désir.
Non, jamais le désir
ne se calme par la jouissance des objets qu’il recherche ;
Le désir est comme le
feu, qui s’enflamme davantage, plus on y jette de beurre.
Quand l’homme
n’éprouve pour aucun des êtres de mauvais sentiments, et qu’il voit toutes
choses du même regard, tous les points de l’horizon lui sont également
favorables.
L’homme qui veut son
salut doit renoncer sans retard à cette soif du désir, source de douleurs, dont
les méchants ont tant de peine à se débarrasser, et qui ne vieillit pas avec la
vieillesse.
Un homme ne doit pas
s’assoir, dans un endroit solitaire, sur le même siège que sa mère, sa sœur ou
sa fille ;
La réunion des sens
toujours si énergique entraîne le sage lui-même.
Quand même je me
livrerais constamment, pendant mille années complètes, à la jouissance des
plaisirs, la soif de les posséder ne s’en allumerait pas moins chaque jour en
moi.
C’est pourquoi je
renoncerai à tout désir ;
Et fixant mon esprit
sur le Brahman, affranchi des impressions opposées du plaisir et de la peine,
exempt d’égoïsme, j’irai vivre dans la forêt.
Celui qui après avoir
reconnu que les impressions reçues par la vue et par l’ouïe sont sans réalité,
n’y songe pas plus qu’il ne s’y attache, et qui sait que le monde est la perte
de l’âme, est un sage qui connaît l’Esprit. »
- « Adoration à Toi, ô bienheureux
vâsudêva ;
Adoration aux Vêdas,
à Toi qui es la
suprême Demeure de tous les êtres,
à Toi qui es calme et
qui es immense ! »
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