LIVRE 11-2

 

Ô BHAGAVATA PURANA

LIVRE 11-2

 

Srî Krishna :

 - Je désire retourner à mon séjour céleste.

Ö noble âme,

Quand je serai parti, il faut que tu renonces au monde.

 

Renonce à l’attachement aux amis et aux parents,

Renonce au sentiment de « moi » et de « mien » ;

Où que tu aille, garde ton mental absorbé en Moi, Me voyant en tout.

 

En vérité, ce monde objectif, reconnu par le mental et perçu par les sens, n’est qu’une projection de la conscience.

Il est transitoire, et par là même non réel.

 

Le bien et le mal existent tous deux dans ce monde pour l’homme qui n’est pas maître de lui et qui, par ignorance, voit le multiple.

Pour lui, il y a des expériences de karmas bons et mauvais, ainsi que d’inaction.

 

 

 

Quand tu auras obtenu la connaissance et la sagesse,

et que tu pourras ressentir l’unité avec tous les êtres incarnés,

quand tu connaîtras le Soi et que tu trouveras ta joie en Lui,

alors tu seras libre de toute limitation.

 

Tu passeras au-delà du bien et du mal.

Les bonnes actions jailliront de toi sans aucune pensée de mérite,

et tu renonceras aux mauvaises actions de façon naturelle et non par le sentiment du mal.

 

Ami disponible pour tous, établi dans la connaissance et la sagesse, Me voyant comme le Soi de l’univers,

en vérité, tu surmonteras l’affliction et tu parviendras à la liberté.

 

Les hommes de discrimination se libèrent du mal et de la mondanité par leurs propres efforts.

Ton Soi est ton véritable Maître.

En vérité, c’est par le Soi seul qu’est réalisé le bien suprême, d’abord par la raison,

et ensuite par la perception transcendante directe.

 

 

 

Les sages qui ont atteint l’impassibilité intérieure,

qui sont qualifiés dans la connaissance et le yoga,

Me trouvent avec tous Mes attributs et pouvoirs divins manifestés au plus haut degré dans le corps humain.

 

Vraiment j’existe dans tous les êtres, mais Je suis le plus manifesté dans l’homme.

Le cœur humain est Mon leur de séjour préféré.

 

Celui qui atteint la connaissance et a développé la maîtrise de soi cherche à Me connaître,

Moi que l’on trouve en transcendant les sens.

 

Le développement du pouvoir d’introspection permet de percevoir la réalité de Mon existence.


 

BHAGAVATA PURANA

LIVRE 11-4

Srî Krishna :

 - Prends refuge en Moi et accomplis les devoirs de la vie sans attachement.

Réfléchis avec un mental purifié sur les maux de l’attachement.

Ce monde évanescent et multiforme perçu par les sens est aussi stérile qu’une rêverie, aussi vide qu’un rêve.

 

Le mental fixé sur Moi, engage-toi dans une activité désintéressée qui procure la liberté.

Abandonne l’action égoïste, car elle crée l’asservissement.

Celui qui se consacre à la quête de la Vérité transcende le devoir.

 

Le mental inébranlablement fixé sur Moi, pratique les vertus essentielles, telle que celle de ne pas causer de tort, la véracité, l’absence de convoitise, la chasteté ;

 - Cultive des habitudes régulières de propreté, d’étude, de contentement et, avec la dévotion d’un cœur sincère, abandonne-toi à Moi.

 - Sers le Guru, ton Maître, qui est tranquille, qui M’a réalisé et est devenu Un avec Moi.

 - Bannis tout orgueil et toute jalousie.

 - Abandonne toute idée de « moi » et de « mien ».

 - Unis-toi à ton Guru par le solide lien de l’amour.

 - Utilise ton intelligence à rechercher ardemment la Vérité, mais ne sois pas impatient.

 - Sois exempt d’envie, et renonce à tout bavardage vain et inutile.

 - Apprends à regarder tous les êtres d’un œil égal, voyant l’unique Soi en tous.

 - Ne t’attache pas à ta femme, ni à tes enfants, ni à ta maison, ni à tes biens.

 

Ton Soi, l’Âtman, est le témoin éternel, lumineux par Lui-même, distinct des corps physiques ou astraux,

tout comme le feu, qui brûle et donne la lumière, est séparé du bois.

 

De même que le feu semble avoir un volume petit ou grand, un début et une fin, en raison d’une fausse identification avec le bois enflammé,

de même l’Atman semble assumer les attributs du corps en résidant en lui.

 

En Vérité, l’attachement au corps est la cause de tout asservissement et de tout malheur.

Connais la vérité du Soi, et sois libre.

 

Tu vois la réalité dans le corps transitoire en raison de l’ignorance.

Elimine cette ignorance qui voile ta vraie connaissance, et connais ton Soi en tant que pur, libre, divin et absolu.

 

La connaissance est le bonheur.

Laisse le feu de la connaissance s’allumer en suivant la Voie telle que révélée par un Maître qualifié.

Laisse le feu de la connaissance éliminer l’illusion qui te lie aux influences matérielles et à leur activité.

Tu parviendras alors à la paix et à la tranquillité.

 

Tant qu’il y a conscience de la diversité et non de l’unité dans le Soi, l’homme se considère par ignorance comme un être séparé,

comme l’agent des actions et l’expérimentateur des effets.

Il reste soumis à la naissance et à la mort,

connaît le bonheur et le malheur,

et se trouve lié par ses propres actes, bons ou mauvais.

 

Si un homme accompli de bonnes actions, il se rend, après la mort, dans des sphères supérieures appelées les cieux, et là, il bénéficie des effets de ses actes.

Mais après épuisement de leurs effets, il est de nouveau rejeté dans le monde mortel.

 

En revanche, lorsqu’un homme a accompli de mauvaises actions, son parcours est descendant.

Impuissant, il sombre dans des sphères plus obscures, et, quand il revient sur terre, il entre dans des corps tâmasika.

 

Quel mortel peut s’attendre à un bonheur éternel par des actes qui conduisent à la seule affliction ?

En vérité, l’agent de tels actes reste soumis à la transmigration.

 

Les actions sont le jeu des influences matérielles.

L’homme, en s’unissant à ces influences, est l’agent et l’expérimentateur.

Il imagine le Soi unique comme multiple.

En vérité, il reste asservi et dépendant aussi longtemps qu’il ne voit pas l’Un, mais seulement le multiple.

Lorsque, en revanche, il voit le Soi seul dans tous, il s’est libéré des influences matérielles.

 

Ceux qui font du plaisir le but de la vie aboutissent dans l’affliction.

 


 

BHAGAVATA PURANA

LIVRE 11-5

Srî Krishna :

Le Soi, éternellement libre, semble être asservi en raison de son association avec les influences matérielles.

Les influences matérielles étant elles-mêmes le produit de Mâyâ, il n’y a, en réalité, aucun asservissement de l’âme.

Affliction et illusion, bonheur et malheur, même la naissance et la mort – toutes ces choses sont les effets de Mâyâ.

Comme un rêve pour un esprit éveillé, qui sait qu’il s’agit d’un rêve,

telle est l’expérience de naissance et de mort pour l’âme éternelle.

 

Ma Mâyâ comporte le pouvoir d’asservir aussi bien que de libérer.

Avidyâmâyâ cause l’apparent asservissement de l’âme.

Vidyâmâyâ bannit l’ignorance ;

C’est alors que l’âme, qui est Mon être, se connaît comme libre.

 

L’homme sage, qui est réveillé de ce rêve d’ignorance, bien que vivant dans le corps, se sait indépendant de ce dernier.

L’homme ignorant, qui est toujours en train de rêver des rêves, s’identifie avec le corps.

L’homme sage, qui se regarde comme la réalité immuable, bien que ses sens évoluent parmi les objets matériels sait qu’il est, non l’agent, mais le témoin des sens correspondant à leurs objets.

Mais l’ignorant, vivant dans le corps qui n’est que le résultat de ses actes durant ses vies antérieures,

s’identifie avec les actes de la vie présente,

actes qui ne sont que le jeu des influences matérielles.

Et c’est ainsi que ses actions l’asservissent.

 

L’homme sage, qui est libre de tout attachement aux influences matérielles et à leurs activités, n’est pas, comme l’homme ignorant, asservi par des actes.

Bien que vivant au milieu des influences matérielles, il demeure pur et inaffecté, comme le ciel clair au-dessus de nous,

ou le soleil qui est lumineux par lui-même,

ou le feu qui purifie toute chose.

 

Ses doutes dissipés par la pure lumière de la connaissance, il se réveille du rêve de l’univers multiple et voit le Soi unique dans tous les êtres.

En vérité, il est libre des limitations du corps, bien que vivant en lui, celui dont le cœur est libre d’attachement et de désir.

Il reste inaffecté, quand bien même son corps s’engage dans des actions et son mental dans des pensées.

 

Véritablement sage est celui que ne touchent ni la louange ni le blâme, ni l’amour ni la haine.

Il n’est pas affecté par les oppositions de la vie.

En vérité, il trouve sa joie dans le Soi bienheureux.

Stérile est en fait tout labeur

si l’on est simplement versé dans les Ecritures,

sans réaliser et sans vivre la Vérité.

 

Renonce donc à tout bavardage ;

Sors de la fange de l’illusion ;

Trouve la tranquillité en fixant ton mental purifié sur Moi, l’omniprésent Brahman.

Mais si tu es toutefois incapable de maintenir inébranlablement ton mental sur Moi, livre-toi à des tâches, sans attachement, en M’en remettant les fruits.

 

O Uddhava, les nombreuses naissances que J’ai assumées et les actions de mes incarnations sont sanctifiantes.

Elles sont pour le bien de tous.

Ecoute-les avec vénération.

Chante Ma gloire divine.

Médite sur Moi ;

Et M’ayant comme ton suprême refuge, applique toit à ton devoir, à des désirs justes, et à tes biens en vue de Moi seul.

C’est ainsi que tu acquerras un amour indéfectible pour Moi qui suis la Vérité éternelle.

Celui qui avec amour et dévotion médite sur Moi –

Assurément, il cerne Mon être.

Mon dévot est compatissant envers tous les êtres ;

Il n’éprouve aucune hostilité envers personne ;

Il est indulgent ;

Sa seule force est la Vérité.

 

Exempt d’impureté, il regarde tous les êtres d’un œil égal, et œuvre pour le bien de tous.

Son cœur est vierge de désirs ;

Maître de lui, le caractère doux, pur, libre de la conscience de l’ego, serein, modéré, maître de son mental, Me prenant comme son refuge, il médite constamment sur Moi.

Imperturbable, tranquille, patient, ayant l’ensemble de la nature sous son contrôle, il ne cherche pas l’honneur pour lui-même, mais le donne à tous.

Totalement illuminé lui-même, un tel sage peut transmettre la vérité aux autres.

Il est amical et miséricordieux envers tous les êtres.

Il sait distinguer le bien du mal, et en Me remettant ses actions, c’est Moi seul qu’il adore.

Ceux qui, connaissent Ma vraie nature, m’adore de façon inébranlable sont les premiers parmi Mes dévots.

Adore-Moi dans les symboles et les images qui sont sources du souvenir de Moi, et aussi, dans le cœur de Mes dévots, là où Je suis le plus manifesté.

Prends plaisir à entendre parler de Mes incarnations divines et à lire leur sujet.

Observe les formes et les rituels tels qu’énoncés dans les Ecritures, sans perdre de vue leur esprit intérieur.

Fais des vœux particuliers de dévotion envers Moi, et fais-toi initier selon les rites védiques ou d’autres Écritures.

Offre-Moi ce qui t’est très cher – ce que tu tiens comme la chose la plus convoitable.

Infinis sont les résultats d’un tel don !

 

Médite sur moi, t’abandonnant à Mon service.

 

Ne claironne pas tes propres bonnes actions.

Fuis l’égoïsme, et évite l’envie d’avoir un nom ou d’être célèbre.

N’utilise pas la lumière de la connaissance à des fins égoïstes.

 

Le soleil, le feu, les connaissants de la Vérité, un dévot, l’éther, l’air, l’eau, la terre, le corps, et toutes les créatures :

 - Ce sont là les objets, les symboles où tu peux M’adorer.

 

Adore-Moi dans le soleil moyennant les hymnes védiques.

Adore-Moi dans le feu moyennant les oblations, en te disant que toutes les impuretés sont par là même consumées.

Adore-Moi dans les connaissants de la Vérité par l’hospitalité et le service.

Adore-Moi dans le dévot en l’accueillant chaleureusement.

Adore-Moi par la méditation dans le sanctuaire de ton cœur.

Adore-Moi dans l’air en y voyant l’énergie divine, et dans l’eau en l’acceptant comme le symbole de la pureté divine.

Adore-Moi dans la terre en répétant le Mantra sacré, Mon saint Nom ;

Adore-Moi dans le corps, en lui offrant nourriture et boisson ;

Et Adore-Moi, Moi l’Esprit de tous les êtres, avec une égale constance de vision.

 

Dans toutes ces demeures, adore-Moi, dans Ma forme propice, l’idéal de ton choix, et adore-Moi avec un mental concentré.

 

Celui qui M’honore ainsi par l’œuvre et la méditation vit continuellement en Moi et atteint l’indéfectible amour pour Moi.

O Uddhava, mon disciple, mon compagnon et mon ami, de toutes les Voies vers Moi, qui suis le but des sages, la Voie de l’Amour est la plus heureuse et la meilleure !


 

BHAGAVATA PURANA

LIVRE 11-6

 

Srî Krishna :

 - La discrimination spirituelle, les actes vertueux, les sacrifices, l’étude, l’austérité, la répétition des mantras sacrés, le séjour dans les lieux de pèlerinage, la conduite correcte :

 - tout cela sont des aides à l’épanouissement spirituel ;

Mais la plus grande aide est la société des saints,

car en servant les saints et en vivant en leur compagnie,

on met en pièce les racines de l’ignorance et de l’attachement.

 

Beaucoup ont atteint l’illumination suprême,

non pas par l’étude des Vedas,

pas d’avantage par la pratique des austérités,

mais simplement en aimant et en servant les hommes de Dieu.

 

Par conséquent, ô Uddhava, laissant de côté les formalités de la religion, réfugie-toi de tout ton cœur en Moi, le Soi de tous les êtres, et dépasse ainsi la crainte.

 

O Uddhava, tout cet univers existe en Moi ;

Il est une expression de Mon pouvoir divin.

Je suis l’infini, l’indifférencié, l’immuable Seigneur, l’Un sans second.

Cet apparent univers multiple est l’expression de Mon pouvoir.

 

L’arbre de la transmigration est ancien, croissant sur Brahmâ comme son sol.

Il est enraciné dans la soif de vie, dans d’innombrables désirs.

Les gunas sont ses troncs, les éléments grossiers ses branches, les sens et le mental ses feuilles et ses rameaux.

Les objets matériels sont sa sève, le bonheur et le malheur ses fruits.

Bien qu’apparemment solide et éternel, l’arbre est irréel comme un mirage, et évanescent comme un rêve.

A la lumière de la seule et unique Vérité, le Soi transcendant, il disparaît, et le voilà parti.

 

C’est pourquoi constant et vigilant,

ta hache de la connaissance aiguisée par la compagnie des saints

et par le service du Guru dans une dévotion d’une totale sincérité,

abats l’arbre de la transmigration,

sache que ton Soi et Brahman ne font qu’un, et atteins la liberté à jamais.


 

BHAGAVATA PURANA

LIVRE 11-7

 

Srî Krishna :

Les trois influences matérielle – passion, vertu et ignorance, appartiennent au mental et non au Soi.

Elève-toi au-dessus de ces influences et connais le Soi.

Surmonte d’abord la passion et l’ignorance en développant la vertu, puis élève-toi au-dessus de la vertu par la vertu elle-même.

Lorsque la vertu est développée, un homme atteint le véritable amour ainsi qu’une constante dévotion pour Moi.

 

Il y a une prédominance de l’une ou l’autre des influences matérielles dans les choses, les objets et les personnes.

Nos actes et nos pensées expriment l’une ou l’autre des influences.

En fait, tout objet dans l’univers varié reçoit sa forme de passion, de vertu et d’ignorance.

Pour développer la vertu, associe-toi uniquement avec ceux qui manifestent déjà la vertu.

De là, naîtra la dévotion, qui est purificatrice ;

Puis suivra l’Illumination ;

Et finalement le bien suprême sera réalisé – la Liberté.

 

L’ignorant ne connaît pas le Soi, et n’a ni la paix ni la tranquillité qui découlent de cette connaissance.

 

Il s’identifie à son corps, à son mental et à ses sens, et est assiégé par les désirs de la chair.

Dès qu’il entre en contact avec les objets de jouissance, il se laisse aller à des idées de plaisir.

S’attardant sur les pensées de plaisir, il perd le pouvoir de discriminer et s’attache aux sens.

 

Sous l’empire d’une forte impulsion, l’homme qui est dépourvu de maîtrise de Soi, commet délibérément des actes qu’il sait être chargés de futur malheur.

Mais l’homme de discrimination, même s’il est poussé par des désirs, prenant aussitôt conscience du mal qu’ils contiennent, ne cède pas à leur influence, mais reste détaché.

Il maîtrise son mental et s’absorbe avec constance en des pensées divines.

 

Défais-toi de la léthargie ;

Pratique régulièrement la concentration sur Moi :

 - Retire le mental de tout le reste et absorbe-toi en Moi.

Cette méthode de yoga, ô Uddhava, a été enseignée par Sanaka et d’autres de mes disciples.

 

 

Brahmâ : - « Qui es-tu ? »

Le Cygne : - « Ô sage, si ton investigation se fait à Mon sujet, le Soi, alors elle est inutile ;

Car il n’y a qu’un Soi.

Si tu fais référence au corps, il y a unité aussi dans la matière, tout étant composé des mêmes éléments ;

Et par là même, ton investigation n’a de nouveau aucun sens.

En vérité, c’est le mental qui est attiré par les objets des sens, et les objets qui s’attachent au mental

Mais tu n’es ni le mental, ni les objets des sens.

Tu es à jamais Un avec Moi, ton Soi.

Renonce à la fausse identification de toi-même avec le mental ou avec les objets qui agissent et réagissent les uns avec les autres,

et connais ton Soi comme étant Un avec Moi.

 

Renonce au faux-ego, car c’est là la source de tout malheur.

 

Bien qu’apparemment éveillé, on est encore endormi si l’on voit la multiplicité.

Réveille-toi de ce rêve d’ignorance et vois l’unique Soi.

Le Soi seul est réel.

 

Tu es le Soi, le Témoin éternel.

 

Chasse l’ignorance de l’attachement par la lumière de la connaissance allumée par la raison pure,

la véritable discrimination et la perception directe du Soi ;

Et adore-Moi, Moi qui siège dans le sanctuaire du cœur.

 

Ce monde-ci existe aujourd’hui et demain n’existera pas :

 - Vide comme un rêve, se déplaçant comme un cercle de feu.

 

Il n’y a qu’une seule conscience – pure, transcendante – bien qu’elle apparaisse dans une forme multiple.

 

Retire ton mental du monde objectif.

Renonce à ta soif de vie, et, le mental se tranquillisant, absorbe-toi dans la béatitude divine.

Aussitôt que tu auras fait l’expérience de la béatitude divine, ce monde objectif ne t’induira plus en erreur,

Car tu sauras que son apparence est illusoire.

 

L’homme qui a réalisé son véritable Soi et a atteint la perfection,

même si ses sens se meuvent parmi les objets, n’est pas affecté par eux, pas plus qu’il ne s’identifie avec le corps ou le mental.

Ayant atteint le samâdhi et ayant réalisé la Vérité, il ne projette plus le Soi sur le non-Soi.

 

O sage, c’est là le profond secret du Sâmkhya et du Yoga.

 

Connais-Moi comme étant le but suprême, la fin du Yoga et du Sâmkhya,

le but de la vérité, de la vaillance, de la gloire et de la maîtrise de soi.

 

Pratiquant l’idéal du non-attachement et voyant l’unité du Soi en tout, adore-Moi qui suis ton ami bien–aimé, ton Soi. »


 

BHAGAVATA PURANA

LIVRE 11-8

Srî Krishna :

 - J’ai d’abord révélé Ma sagesse à Brahmâ sous la forme des Védas.

Brahmâ a communiqué cette sagesse à son fils Manu, et c’est de ce dernier que les sept patriarches et sages – Bhrigu… - l’ont reçue.

Ils la transmirent ensuite à leurs fils et disciples, qui, étant de natures et de tempéraments différents, la comprirent de manières différentes.

C’est ainsi que sont nées plusieurs interprétations des Védas.

 

Nombreux sont les moyens décrits pour la réalisation du bien suprême, tel que l’amour, l’accomplissement du devoir, la maîtrise de soi, la véracité, les sacrifices, …

Je pourrais en citer d’avantage.

Mais de tous ceux que je pourrais nommer, l’amour est en vérité le plus élevé :

 - L’amour et la dévotion qui font oublier tout le reste, l’amour qui unit l’amant avec Moi.

Quelles joies ineffables ne trouve-t-on pas par l’amour de Moi, le Soi bienheureux.

Une fois que cette joie est réalisée, tous les plaisirs terrestres se réduisent à néant.

 

 

 

Pour l’homme qui trouve sa joie en Moi seul,

et qui est maître de lui et impassible,

n’ayant d’aspiration en son cœur que pour Moi,

l’univers entier est rempli de béatitude.

 

Ni la position de Brahmâ, ni celle d’Indra, ni la domination sur le monde entier, ni le pouvoir occulte, ni même le salut,

ne sont souhaités par le dévot qui s’est abandonné à Moi et qui trouve la béatitude en Moi.

Un tel dévot m’est très cher.

Noble est en effet l’homme qui, non rongé de désirs, calme, compatissant envers tous, s’est consacré à Moi.

Lui seul connaît Ma béatitude infinie ;

Et son bonheur est inconditionnel.

Même s’il n’est pas encore maître de ses sens, mon dévot n’est jamais complétement dominé par eux ;

La dévotion qu’il a envers Moi, voilà sa grâce salvatrice particulière.

 

Comme le feu avive un brasier et réduit les fagots en cendres, ainsi, ô Uddhava,

la dévotion que l’on Me porte consume complétement tout mal.

 

Ce n’est ni par le Yoga, ni par la philosophie, ni par les actes, ni par l’étude, ni par l’austérité,

ni même par le renoncement aux désirs que Je suis facilement atteignable.

Ceux-là seuls qui ont un pur amour pour Moi Me trouvent aisément.

Moi, le Soi, cher aux dévots, Je suis atteignable par l’amour et la dévotion.

 

La dévotion envers Moi purifie même le plus misérable des misérables.

Sans amour pour Moi, les vertus et l’étude sont infructueuses.

 

Celui qui M’aime est rendu pur ;

Son cœur fond dans la joie.

Il s’élève à la conscience transcendante par l’Eveil de sa nature émotionnelle supérieure.

Des larmes de joie s’écoulent de ses yeux ;

Ses cheveux se dressent sur sa tête ;

Son cœur fond dans l’amour.

La béatitude de cet état et si intense qu’oublieux de lui-même et de son entourage, il pleure parfois abondamment, ou rit, ou chante, ou danse ;

Un tel dévot a une influence purificatrice sur l’univers entier.

 

De même que l’or fondu par le feu se défait de ses scories et devient pur, de même tout mal est chassé comme par magie loin de Mon dévot par le pouvoir de Mon Amour.

En vérité, il M’atteint.

Bienheureux ceux qui prennent plaisir à entendre ou à réciter l’histoire de Mes incarnations divines, car leur mental se purifie.

Bienheureux sont dont le mental est pur, car c’est par eux qu’est donnée la Sagesse de Dieu.

 

En pensant aux objets des sens, on s’attache à eux.

En méditant sur Moi, et en fixant ses pensées sur Moi, on ressent toujours plus d’amour pour Moi et finalement on se fond en Moi.

 

Ne laisse pas ton mental courir après les choses de ce monde, car elles sont aussi vides que des rêves.

Donne-Moi ton mental, consacre-toi à Moi, médite sur Moi.

 

Evite la promiscuité ;

Evite encore plus la société des gens lascifs.

Aucune autre compagnie ne cause autant d’affliction et d’asservissement que celle des hommes et des femmes lascives.

Apprends à aimer la solitude, et, toujours vigilant, pense sans cesse à Moi.

 

Assis dans une posture confortable, le corps bien droit, pose les mains sur les genoux et dirige tes yeux vers la ponte de ton nez.

Pratique le prânâyâma,  - inhalation, rétention et expiration du souffle – pour la purification des nerfs.

Pratique ensuite la concentration des sens externes et du mental avec beaucoup de patience et persévérance.

 

Tout en pratiquant le prânâyâma, médite sur la parole sacrée Om, la scandant au-dedans de toi comme le carillon continu d’une cloche.

Il te faut pratiquer le prânâyâma, combiné avec OM, dix fois, trois fois par jour.

Si tu le fais, tu obtiendras rapidement le contrôle du prâna.

 

Imagine un lotus dans ton cœur, ses pétales pointant vers le bas, et, traversant ce lotus, la sushumnâ.

Quand tu médites, pense que ses pétales se sont tournés vers le haut, et que la fleur est épanouie.

Visualise ensuite – au cœur de la fleur – le soleil, la lune et le feu, l’un dans l’autre.

Puis, le mental absorbé, contemple dans le feu la forme bienveillante de ton Ishtam.

Médite sur Lui en tant que Cause suprême dans laquelle tout l’univers existe et dont tout l’univers émane.

Puis, en dernier lieu, médite sur l’unité du Soi et de Dieu, l’unique existence bienheureuse, l’unique « Je Suis ».

Le mental ainsi absorbé, l’homme Me voit seul en lui-même, et se voit en Moi, le Soi de toutes choses :

 - La lumière jointe à la lumière.

 

Un Yogi, pratiquant ainsi la méditation de façon régulière,

avec une dévotion intense,

s’élève rapidement au-dessus de toutes les limitations de connaissance et d’action en réalisant l’unique réalité qui pénètre toutes choses.

 

BHAGAVATA PURANA

LIVRE 11-9

Srî Krishna :

 - Mais, aussi grands que puissent être les pouvoirs, le vrai Yogi qui cherche l’union avec Moi les considère comme des obstacles.

Je suis le Seigneur de tous les pouvoirs.

Je suis le but de tout Yoga.

Je suis l’aboutissement de toute connaissance.

Je suis la vérité de la religion, et Je suis le Maître de tous les Maîtres.

 

Je suis le Soi immanent au cœur de tous les êtres.


 

BHAGAVATA PURANA

LIVRE 11-10

Srî Krishna :

 - Ô Uddhava, Arjuna a posé la même question à la veille de la bataille de Kurukshetra.

Je vais te décrire succinctement Mes manifestations divines.

 

Je suis le Soi de tous les êtres, leur ami et bienfaiteur.

Je suis le Dieu de tous.

Je suis la cause suprême de leur vie et de leur mort.

Je suis le Tout.

De tout ce qui se meut, Je suis le mouvement.

D’entre les vertus, Je suis l’équanimité.

De tous les attributs, Je suis l’attribut fondamental.

Je suis le principe vital du vivant, l’intelligence universelle de l’intellect.

De toutes les choses subtiles, Je suis l’âme ;

Et des choses difficiles à subjuguer, Je suis le mental.

Je suis Brahmâ, l’instructeur des Védas.

D’entre les paroles sacrées, Je suis le OM, composé des sons AUM.

D’entre les grands voyants, Je suis Bhrigu.

D’entre les sages royaux, Je suis Manu.

D’entre les voyants divins, Je suis Nârada.

D’entre les grandes âmes rendues parfaites, Je suis Kapila.

De la descendance de Diti, Je suis Prahlâda.

D’entre les satellites, Je suis la Lune.

De tous les luminaires, Je suis le soleil, et des hommes, Je suis le roi.

D’entre les métaux, Je suis l’or.

De tous les régulateurs, Je suis Yama, le roi de la mort.

D’entre les ordres de vie, Je suis l’ordre monastique, et d’entre les cstes, Je suis le brâhmane.

D’entre les fleuves sacrés, Je suis le Gange ;

D’entre les eaux, Je suis l’océan.

D’entre les armes, Je suis l’arc, et d’entre les archers, je suis Shiva.

D’entre les demeures, Je suis le mont Méru, et d’entre les endroits inaccessibles, Je suis les Himâlayas.

D’entre les arbres, Je suis Asvattha, et d’entre les grains, Je suis l’orge.

D’entre les prêtres, Je suis Vasistha et d’entre les connaissants de Brahman, Je suis Brihaspati.

D’entre les généraux, Je suis Skanda, et d’entre les pionniers, Je suis Brahmâ.

D’entre les sacrifices, Je suis l’étude des Védas.

D’entre les vœux, Je suis le vœu de ne causer du tort à personne.

D’entre les purificateurs, Je suis le Soi.

D’entre les disciplines spirituelles, Je suis la parfaite maîtrise et la parfaite concentration du mental, et de la victoire, Je suis le vainqueur.

Du pouvoir intellectuel, Je suis la discrimination entre le Soi et le non-Soi.

D’entre les femmes, Je suis Satarûpa, et d’entre les hommes, Je suis Manu.

D’entre les saints, Je suis Nârâyana, et d’entre les célibataires, Je suis Sanatkumâra.

D’entre les vœux religieux, Je suis le vœu monastique, et d’entre les sources de bien-être, Je suis l’introspection.

D’entre les secrets, Je suis la parole véridique et le silence ;

D’entre les saisons, Je suis le printemps.

D’entre les connaissants de Védas, Je suis Vyâsa, et d’entre les sages Suka.

D’entre les seigneurs, Je suis Vâsudeva, et d’entre les dévots, Je suis toi-même.

D’entre les gemmes, Je suis le saphir, et d’entre les belles choses, Je suis le bouton de lotus.

D’entre les espèces d’herbe, Je suis le kusa sacré, et d’entre les oblations, le beurre clarifié.

 

Sache que Je suis l’énergie et la ténacité du fort, et la dévotion des pieux.

De l’eau, Je suis la douce saveur.

De la splendeur, Je suis le soleil.

Je suis l’éclat du soleil, de la lune et des étoiles ;

Je suis la musique des sphères.

 

Je suis en vérité l’origine, le maintien et la dissolution de tous les êtres.

Je constitue la fonction de tous les organes.

La terre, l’air, l’éther, l’eau, le feu, l’ego, l’intelligence cosmique ;

Toutes les modifications de Purusha et prakriti ;

La passion, la vertu et l’ignorance :

 - Tout cela, Je le suis.

Je suis le suprême Brahman.

Je suis la connaissance et la réalisation.

Rien que ce soit n’existe sans Moi ou hors de Moi.

 

Les atomes de l’univers peuvent être comptés, mais non Mes manifestations ;

Car Je crée éternellement des mondes innombrables.

Partout où il y a pouvoir, beauté, grandeur de la renommée, modestie, sacrifice, concorde, fortune, force, bravoure ou connaissance :

 - C’est là que Je suis manifesté.

Je suis révélé à ceux qui ont le cœur pur.

Par conséquent maîtrise ta parole, maîtrise l’agitation de ton mental.

Maîtrise aussi le prâna et les sens.

Et finalement, maîtrise toit toi-même par ton Soi.

C’est ainsi que tu vaincras le monde et Me promulgueras.

Quant au moine qui n’a pas entièrement maîtrisé sa parole, son mental et son intellect :

 - Ses vœux, ses austérités et sa charité fuient comme de l’eau d’une cruche non cuite.

Par conséquent, m’étant résolument consacré, rends-toi maître de la parole, du mental et du prâna.

A celui qui est doté d’amour pour Moi, ô Uddhava, appartient la plénitude de la vie.


 

 BHAGAVATA PURANA

LIVRE 11- 11

Srî Krishna :

 - Au commencement, à l’âge d’or, les hommes n’avaient qu’une seule caste, connue sous le nom de Hamsa.

Tous étaient également doués de connaissance, tous étaient nés connaissants de la Vérité ;

Et puisque tel était le cas, l’âge fut appelé Krita, c’est-à-dire :

 - « Réalisé ».

Dans cet âge primordial, Om était le Véda ;

Et j’étais le Devoir sous les aspects d’austérité, de pureté, de charité et de véracité.

Les hommes étaient purs et adonnés à la contemplation divine.

C’était leur joie de méditer constamment sur Moi :

 - Le Pur, l’Absolu.

 

Ensuite, dans l’âge d’argent, il y eut une division des hommes en classes :

 - Les uns qui recherchaient la connaissance, les autres qui recherchaient le devoir.

 

De la bouche de Ma forme universelle émana le brâhmana ;

De Mes bras, le ksatriya ;

De Mes cuisses et de Mes pieds, respectivement le vaisya et le sudra.

Ils se différenciaient par leur tempérament distinct et par leurs devoirs particuliers.

La vie familiale émana de Mes cuisses, la vie d’étudiant de Mon cœur, la vie de retraite de Ma poitrine, la vie de moine de Ma tête.

 

La maîtrise de soi, la méditation, la pureté, le contentement, la patience, la droiture, la compassion, la véracité, la dévotion envers Moi :

 - Ce sont là les caractéristiques d’un brâhmana.

 

La force, la patience, la vaillance, le courage, la générosité, l’entreprise, la constance, la qualité de chef, la dévotion envers les brâhmanes :

 - Toutes ces qualités relèvent de l’esprit indomptable d’un ksatriya.

 

La foi, la charité, le service, ainsi qu’un désir d’amasser des richesses :

 - Ce sont là les caractéristiques d’un vaisya.

 

Le service, l’humilité, l’obéissance et le désir de suivre les traces des grands :

 - Ce sont là les vertus d’un sudra.

 

L’impureté, le mensonge, le vol, l’athéisme, la vaine argumentation, la débauche, la colère et l’avidité :

 - Ces traits indésirables caractérisent une cinquième classe, au-delà de l’enceinte des quatre autres.

Eviter de causer du tort à tous les êtres, aimer la véracité et la chasteté, avoir horreur du vol, s’abstenir de la colère et de l’avidité, s’efforcer d’être au service de tous les êtres :

 - Tels sont les devoirs universels de toutes les castes.

 

Un homme est appelé jiva, ou deux fois né, quand il obtient sa naissance d’en haut, lors de la cérémonie du fil sacré.

Puis il commence sa vie d’étudiant, vivant dans l’étroite compagnie d’un maître qualifié.

Il lui faut pratiquer la maîtrise de soi et l’étude des Védas.

Il doit observer une stricte continence, et ne jamais s’en écarter consciemment.

S’il lui arrive d’être involontairement impur, il doit se baigner, et après avoir pratiqué le prânâyâma, répéter la gâyatrî.

Tous les matins et soirs, après avoir veillé à sa propreté, il lui faut chanter en silence le mantra gâyatrî, en méditant sur sa signification avec un mental concentré.

 

Il doit apprendre à vouer l’adoration de son cœur au Soi divin dans tous les êtres, et à voir l’unique Dieu résidant en tous.

 

Il lui faut considérer son Guru comme Dieu.

En vérité, le Guru est l’incarnation de la Divinité.

En conséquence, l’étudiant doit le servir et le satisfaire de toutes les façons.

Le bain, la prière et la méditation, pratiqués régulièrement :

 - Matin, midi et soir ;

La droiture, la visite des lieux saints ;

La répétition du mantra sacré tout en méditant sur tous les êtres en tant que Moi-même ;

La maîtrise du mental, de la parole et du corps :

 - Ce sont là les observances universelles destinées à toutes les étapes de la vie.

 

Après avoir accompli la vie d’étudiant, on peut embrasser la vie de famille, la vie d’ermite ou de moine.

Celui qui souhaite mener la vie de maître de maison doit épouser une jeune fille pure qui doit être plus jeune que lui.

Il doit toujours se rappeler que le bien idéal n’est pas la jouissance, mais la réalisation de la Connaissance en cette vie et du bonheur éternel dans l’au-delà.

Tout comme des voyageurs qui se rencontre par hasard en chemin, c’est ainsi qu’un homme doit rencontrer femme, enfants, parents et amis :

 - Qu’il soit par conséquent dans le monde tout en étant séparé de lui.

 

Après avoir vécu la vie de maître de maison, il lui faut embrasser la vie d’ermite, ou la vie de retraite, préparatoire à la vie de renoncement.

A l’homme sur le point de renoncer au monde, les devas suscitent de nombreux obstacles, en espérant que ses efforts pour les dépasser et parvenir à Brahman seront réduits à néant.

En vérité, celui qui énonce ces nobles vérités, et manifeste la Parole de Dieu, observe le vœu de silence.

Le silence est l’économie de la parole.

Le calme du mental est atteint lorsque l’on s’engage dans l’action sans attachement égoïste.

Un tel acte aboutit à l’impassibilité et à la parfaite maîtrise du corps.

 

Celui qui a appris la maîtrise du prâna possède la maîtrise de soi.

Celui qui ne possède pas cette maîtrise, ô Uddhava, ne devient pas moine, bien qu’il puisse en porter l’habit.

Un moine a ses sens sous parfaite domination.

Sa joie est totalement dans le Soi divin.

Il est stable et tranquille, et considère tous les êtres d’un œil égal.

 

Le mental purifié en raison de son amour pour Moi, le sage doit méditer sur le Soi divin comme étant Un avec Moi.

Dans sa quête de la connaissance, il lui faut réfléchir à la liberté du Soi, et aussi à la cause de son asservissement.

L’agitation du mental et des sens est la cause de cet asservissement ;

C’est dans la maîtrise de cette agitation qu’est la liberté.

Par conséquent, le sage doit intensément penser à Moi et s’absorber dans l’amour pour Moi, car c’est seulement ainsi qu’il peut acquérir la maîtrise de soi.

Quand il se détourne de la recherche du plaisir, il trouve la béatitude infinie dans le Soi.

Le monde des sens n’a pas de réalité absolue, car il périt.

C’est pourquoi un sage doit renoncer au désir de jouissances éphémères et vivre dans le monde complétement détaché.

 

Le Soi seul est réel.

Le monde des sens lui est surimposé.

Vois l’Unique réalité, le Soi divin, et libère-toi ainsi de la pensée du monde des sens.

Celui qui connaît l’Unique réalité, au-delà du monde objectif, possède la vraie Connaissance.

Il M’aime pour le bénéfice de l’Amour et ne se soucie pas même de son propre salut.

Une telle âme libre est au-dessus de toutes les règles de conduite et au-delà de toutes les étapes de la vie.

 

Bien que sage, il est comme un enfant.

Bien que subtil, instruit, et très versé dans les écritures, il va son chemin comme un homme qui ne sait rien.

Il ne cause de la crainte à personne, et il ne craint personne.

S’il est dénigré, il ne retourne pas l’insulte, mais reste calme.

Il ne nourrit aucune inimitié envers personne.

 

L’Unique Soi réside dans le cœur de tous les êtres.

Cette unique existence est considérée comme une multiplicité d’êtres, de même que la lune paraît multiple lorsqu’elle se reflète dans de multiples récipients.

Le sage ne considère le corps que comme un instrument à l’aide duquel, en méditant sur la Vérité et en connaissant l’Unique existence, il peut se rendre libre.

L’illusion de multiples existences se retire de l’homme qui M’a réalisé.

Il voit l’Un dans le multiple.

 

L’attachement égoïste au monde de la pluralité ne laisse que de la douleur dans son sillage.

Sois impassible et, acquérant la maîtrise de soi, approche-toi humblement du connaissant de la Vérité et investigue sur la Vérité qui mène à Moi.

Un connaissant de Brahman ne fait certes qu’Un avec Moi.

 

Sers ton maître avec soin et dévotion.

La religion n’est pas dans l’habit d’un moine, ni dans les formes extérieures.

La maîtrise des passions, un mental bien équilibré, la discrimination et le renoncement :

 - Tout cela fait d’un homme un connaissant de la Vérité.

 

Le service du maître est le devoir d’un étudiant :

 - La protection de toutes les créatures vivantes, et le sacrifice à Dieu

Tels sont les devoirs d’un maître de maison ;

Les devoirs d’un ermite consistent à pratiquer des austérités et à apprendre la discrimination ;

Et les devoirs d’un moine sont la maîtrise de soi et le fait de ne causer de tort à personne.

 

La pratique de la continence, sauf aux fins de procréation, l’accomplissement des obligations ordinaires de la vie :

 - Ainsi que la pureté, le contentement et la bonté envers les animaux sont également les devoirs du maître de maison.

 

Le devoir de tous et de M’adorer.

Celui qui M’adore constamment et avec ténacité moyennant l’accomplissement de ses devoirs, Me connaissant comme le but suprême:

 - Celui-là est gratifié de la connaissance et de la réalisation, et parvient rapidement à Mon Être.

 

Tous les devoirs, s’ils s’accompagnent de dévotion envers Moi, conduisent au Bien suprême et à la Libération éternelle.

 

 

 

 

 

BHAGAVATA PURANA

LIVRE 11- 12  - Je suis le but, Je suis la voie

 

Srî Krishna :

 - Celui qui ne s’est pas contenté d’étudier les écritures, mais a réalisé en lui-même l’expérience qu’elles rapportent, et a connu la vérité du Soi, voit l’univers comme illusoire.

Il Me remet sa connaissance, ainsi que la Voie vers la Connaissance.

 

Car Je suis le but de l’homme sage, et Je suis la Voie.

Je suis sa prospérité.

Je suis son paradis.

Il n’y a rien qui lui soit plus cher que Moi.

 

Celui qui possède la Connaissance, ô Uddhava, ainsi que la Réalisation, a atteint Ma demeure suprême.

Je suis l’œil dans tout ce qui voit :

 - C’est ainsi qu’il Me connaît.

Et parce qu’il Me connaît, il M’est cher.

 

Il n’y a rien qui purifie mieux que la connaissance.

 

Ni la pratique de l’austérité, ni le recours à des lieux de pèlerinage, ni la répétition de mantras, ni la charité, ni aucune autre discipline spirituelle, ne peut ajouter à la perfection déjà atteinte par la Connaissance.

C’est pourquoi, ô Uddhava, que ta Connaissance soit celle de ton Soi, et possédant la Connaissance ainsi que la réalisation, adore-Moi avec Amour.

 

Je suis le sacrifice, et Je suis le Seigneur du sacrifice.

Les sages se sacrifient à Moi dans leur propre ego par le don de leur Connaissance et de leur Réalisation, et ils atteignent à la Perfection qui est en Moi.

 

Tu es le Soi, illimité, immuable.

La naissance et la mort appartiennent aux enveloppes du corps grossier, subtil et causal :

 - Lesquelles en réalité n’ont pas d’existence.

Tu es au-delà de tout cela ;

Par conséquent, ô Uddhava, il faut que tu te Connaisses toi-même.

 

Uddhava :

 - Maître bien-aimé, quand un homme est visité par les afflictions, bienheureux seigneur, et est tourmenté dans les voies labyrinthiques du monde, je ne vois pas d’autre refuge pour lui que l’abri de Tes Pieds, lesquels apportent l’immortalité bienheureuse.

 

Srî Krishna :

 - Ô Uddhava, je le considère comme un sage celui qui voit le Soi unique dans cet univers multiple.

Il y a une existence absolue.

A sa surface apparaissent les myriades de formes du monde phénoménal pareilles à des bulles sur l’océan.

Elles subsistent un certain temps, puis elles disparaissent.

L’Unique existence absolue, la réalité permanente demeure.

 

Les Ecritures, l’expérience directe, l’autorité et l’inférence :

 - Ce sont là les quatre preuves de la Connaissance.

Ayant trouvé, grâce à l’ensemble de ces preuves, la réalité de l’Unique existence absolue, le sage ne s’attache plus aux choses transitoires.

Les objets éphémères de ce monde deviennent pour lui des visions et des rêves.

 

Tout bonheur situé dans le monde concret aboutit dans le malheur.

Les sages ne cherchent le bonheur ni ici-bas ni dans l’au-delà, car ils ont réalisé sont évanescence.

 

A présent, ô Uddhava, Je vais te parler de la philosophie de l’Amour.

 

Abreuve-toi intensément de Mes paroles qui sont du nectar.

Etudie la vie et les enseignements de Mes incarnations divines, les fils de Dieu.

Apprends à trouver la joie dans Mon adoration.

Etant consacré à Mon service, adore-Moi de toute ton âme.

Ennoblissant est également e service de Mes dévots.

Apprends à Me voir dans tous les êtres.

Que toutes tes œuvres se fassent en tant que services qui Me sont rendus.

Que toutes tes paroles exaltent Mes attributs divins.

 

Libère ton mental de tous les désirs égoïstes et offre-le-Moi.

Renonce à toutes les jouissances et à tous les plaisirs ;

Fais des sacrifices, offre des dons, chante mon nom, engage-toi par des vœux, et pratique des austérités.

Accomplis toutes ces choses pour le seul Amour de Moi.

 

Ainsi, en t’abandonnant à Moi à travers toutes tes actions, et te souvenant sans cesse de Moi, tu arriveras à M’aimer.

Quand tu seras parvenu à M’aimer, il n’y aura rien de plus à réaliser.

Car lorsque le mental M’est complétement livré, à Moi qui suis le Soi divin à l’intérieur, le cœur devient pur et tranquille, et l’on parvient à la Vérité, à la Connaissance, à l’impassibilité, et à la Puissance divine.

Dépourvu de celles-ci est celui dont le mental est tourné vers l’extérieur, recherchant le plaisir dans les objets des sens.

 

La Vérité est Amour.

La Connaissance c’est voir l’unité du Soi et de Dieu.

L’impassibilité est le non-attachement aux objets des sens, et la puissance divine est la maîtrise de la nature, externe et interne.

 

Les conditions préalables pour la vie spirituelle sont les suivantes :

 - Ne pas causer de tort, la véracité, l’honnêteté, le non-attachement,

la modestie, l’abstention de la richesse, la foi en une vie après la mort,

la continence, le silence, la patience, le pardon, l’absence de crainte,

la pureté physique et mentale, chanter le nom du Seigneur, l’austérité,

le sacrifice, l’indépendance, l’hospitalité, Me remettre son ego,

les pèlerinages, œuvrer pour le bien d’autrui, et le service du maître.

 

Tout cela est connu dans le yoga en tant que pratiques de yana et niyama.

Et ces pratiques, mon ami, si on les suit correctement, apportent un grand épanouissement spirituel.


 

BHAGAVATA PURANA

LIVRE 11- 13

Srî Krishna :

Parmi les yoga, le yoga de la Connaissance et pour ceux qui ne désirent rien ;

Car, sachant que tout désir comporte du mal, ils ont renoncé à l’action.

Ceux qui ont encore des désirs, et qui sont attachés à l’action, doivent suivre le yoga de l’action.

Quant au yoga de l’Amour, le suivent avec succès les bienheureux mortels qui prennent leur joie en Moi et en Ma parole.

 

Il faut agir jusqu’à ce que le cœur se tranquillise et soit exempt de désirs.

L’action doit être entreprise jusqu’à ce que l’on arrive à M’aimer et à prendre sa joie en Ma parole.

 

En accomplissant ses devoirs pour l’amour du devoir et comme services qui Me sont rendus, n’ayant aucune fin égoïste en vue, on se libère à le fois des effets positifs et négatifs de l’action.

Le yoga de l’action libère le mental de toutes les mauvaises tendances et purifie le cœur.

C’est dans un cœur pur que naissent la vraie sagesse et le véritable Amour pour Moi.

 

 

 

La naissance humaine est bénie ;

Même les habitants des cieux désirent cette naissance ;

Car la vraie sagesse et l’Amour pur ne peuvent être atteint que par l’homme.

Ne recherche donc pas la vie sur terre ou au ciel.

La soif de vie est une illusion.

Sachant que la vie est transitoire, réveille-toi de ce rêve d’ignorance et efforce-toi de parvenir à la Connaissance et à la liberté avant que la mort ne te réclame.

Le but de cette vie mortelle est d’atteindre le rivage de l’immortalité en conquérant à la fois la vie et la mort.

 

Voyant que l’arbre sur lequel il a construit son nid est abattu par des mains cruelles, l’oiseau renonce à tout attachement, s’envole de son nid, et cherche son bien-être ailleurs.

De même, sachant que l’arbre de l’existence mortelle est déraciné par le temps, avec sa rotation des jours et des nuits, l’homme sage renonce à sa soif de vie et réalise le Seigneur suprême.

C’est ainsi qu’il se libère de l’asservissement au karma et par là même trouve la paix.

 

Cette naissance humaine est en fait rare.

Le corps humain est comme un bateau, son rôle premier est principal est de nous faire traverser l’océan de la vie et de la mort jusqu’au rivage de l’immortalité.

Le Guru est le timonier qualifier ;

La grâce divine est le vent favorable.

Si doté de tels moyens l’homme ne s’efforce pas de traverser l’océan de la vie et de la mort, il est certes spirituellement mort.

 

Lorsque le yogi, voyant le mal dans toute entreprise humaine, se libère de l’attachement aux désirs mondains, il doit, ses sens sous parfait contrôle, s’exercer continuellement à maintenir le mental en méditation sur l’Atman, le Soi divin.

Si le mental agité vagabonde tandis qu’il pratique la méditation, il doit le maintenir encore plus fermement et tenter avec patience de contrôler ses caprices.

Il ne faut jamais perdre de vue le cours du mental, mais surveiller les pensées qui le traversent.

Le prâna et les sens sous contrôle, et l’intelligence purifiée, qu’il amène le mental sous sa dépendance.

 

La maîtrise du mental est considérée comme le plus grand Yoga ;

C’est comme la maîtrise d’un cheval fougueux que l’on doit rendre obéissant à son cavalier.

 

Parviens à la discrimination et considère l’univers comme éphémère.

Examine à quel point tous les êtres et toutes les choses sont sujets à la naissance, à la croissance, au déclin et à la mort :

 - à quel point ils sont évanescents.

Ayant réfléchi de la sorte, laisse les choses vaines aux vains, et acquiers la tranquillité du mental.

L’homme dont le mental est tranquille, et qui est détaché du monde, médite sur l’Âtman conformément aux instructions du Guru, et se libère du faux ego.

 

L’union à Dieu, l’Âme de toutes les âmes, c’est là le but qu’il faut rechercher.

Médite sur Lui, soit par la voie du Yoga, qui t’apprend la maîtrise de soi et la concentration, soit par la voie de la philosophie et de la discrimination, soit par la voie de l’adoration et de la méditation.

En dehors de cela, il n’y a aucune voie.

 

Si le yogi, sous le coup de l’illusion, commet des erreurs dans la vie, il lui faut brûler ses péchés et ses impuretés par la prière et la méditation.

Ce Yoga de la prière et de la méditation est le seul moyen d’expiation.

 

Si un homme a acquis les foi, prend sa joie dans le fait de Me contempler, est indifférent à l’action, et pourtant, bien que connaissant leur vanité, ne parvient pas à renoncer à tout désir :

 - Qu’il continue à M »adorer d’un cœur joyeux dans une dévotion totale.

Bien qu’il puisse juger nécessaire de satisfaire ses désirs, auxquels il est incapable de renoncer pour l’instant, qu’il médite sans cesse sur la vacuité de telles satisfactions et qu’il les sache lourdes de fâcheuses conséquences.

 

Celui qui M’adore ainsi résolument et avec dévotion parvient rapidement à la pureté du cœur et Me trouve résidant au-dedans de lui.

Quand il Me réalise, le Soi de tous, les nœuds de son cœur sont desserrés, tous les doutes cessent, et il est libre de l’asservissement au karma.

Pour le Yogi qui M’aime et dont le cœur ne fait qu’un avec le Mien, il ne reste rien à atteindre.

 

Tout ce que l’on acquiert par l’action, l’austérité, la connaissance, le détachement, le yoga ou la charité, ou par tout autre moyen de discipline, Mon disciple peut l’atteindre facilement par l’Amour de Moi et la dévotion envers Moi.

La jouissance céleste, la libération, Mon lieu de séjour :

 - Tout cela est facilement à sa portée, si cela lui tenait à cœur de les avoir.

Mais les grands sages sont d’une telle nature :

 - Ceux qui sont impassibles, Me sont consacrés et M’aiment pour le bénéfice de l’Amour :

 - Que même si Je leur offre le salut, ils ne le désirent point.

 

L’absence de désir est considéré comme le plus grand bien.

Bienheureux est-il, par conséquent, celui qui n’a aucun désir.

 

Les bons et mauvais karmas ne lient pas les grands âmes qui sont impassibles, qui Me sont fidèlement consacrées, et qui ont réalisé le Soi et dépassant le plan du mental et de l’intellect.

 

Ceux qui suivent Mes enseignements jusqu’à parvenir à Mon Être demeureront dan Mon état de béatitude qui est l’unité avec Brahman.


 

BHAGAVATA PURANA

LIVRE 11- 14 – La maîtrise de soi

Srî Krishna :

 - Ceux qui ne suivent pas les Yogas de l’Amour, de la Connaissance ou de l’Action tels que Je les enseigne, mais au contraire empruntent la Voie de la mondanité et cherchent à satisfaire leurs désirs égoïstes moyennant leurs sens agités :

 - En vérité, ils entrent dans la ronde des naissances et des morts.

 

Il faut avoir un cœur pur pour entrer dans la vie de l’Esprit et suivre les yogas.

Pour atteindre la pureté du cœur, il faut observer la propreté, pratiquer des austérités, avoir de la compassion envers tous les êtres, et accomplir les devoirs opportuns de la vie.

L’action devient sacrée et purificatrice quand elle est accomplie comme un service qui M’est rendu.

 

Détache-toi des objets du désir.

Abstiens-toi des plaisirs mondains de manière à pouvoir te libérer de l’intrication des sens.

C’est là la conduite vertueuse qui conduit au bien suprême et libère l’homme de l’affliction, de la passion irraisonnée et de la crainte.

 

En attribuant une valeur aux objets tangibles, l’homme se sent attiré par eux ;

Cette attirance amène le désir de les posséder :

 - Le désir mène à la rivalité et aux différents entre les hommes.

Ces deux choses incitent à une violente colère, et le résultat et l’illusion.

Chez l’homme l’illusion oblitère complètement le sens du bien et du mal.

 

Ô âme noble, quand un homme perd le sens du bien et du mal, il vit en vain.

Car il vit plongé dans une intense obscurité et manque le but de la vie.

Absorbé par les choses du monde, ne connaissant ni lui-même ni le Soi suprême, il devient un pantin et ne sait point ce qu’il fait.

 

En vérité, l’univers émane de Moi, et Je réside dans le cœur de tous les êtres.

Mais les âmes mystifiées, qui sont plongées dans la mondanité et ne cherchent qu’à satisfaire leurs sens, ne Me connaissent pas.

Elles sont aveuglées par le brouillard de l’ignorance.


 

BHAGAVATA PURANA

LIVRE 11- 15 ; L’immortalité de l’âme

Srî Krishna :

 - la vérité a de nombreux aspects.

La Vérité infinie a des expressions infinies.

Bien que les sages parlent de différentes manières, ils expriment une seule et même Vérité.

 

Ignorant est celui qui dit : - « Ce que je dis et ce que je sais est vrai ;

Les autres sont dans l’erreur. »

C’est à cause de cette attitude de l’ignorant que des doutes et des malentendus au sujet de Dieu sont apparus.

Cette attitude est à l’origine des différends entre les hommes.

Mais tous les doutes disparaissent quand on acquiert la maîtrise de soi et qu’on atteint la tranquillité en réalisant le cœur de la Vérité.

C’est alors que les différends aussi prennent fin.

 

Sans fondement est la discussion de savoir si l’Âtman est ou n’est pas.

Le doute est ignorance, et il ne cesse jamais pour les hommes qui détournent leur face de Dieu et qui ne méditent jamais sur Moi, l’Âtman.

 

L’Âtman est le Soi immanent dans l’homme, la réalité en lui.

Non conscient de ce Soi au-dedans de lui, il s’identifie avec son mental et ses sens, et entre ainsi dans la ronde des naissances et des morts, passant d’une sphère à l’autre.

 

Au moment de la mort, la somme de toutes les expériences de la vie sur terre viennent à la surface du mental :

 - Car dans le mental sont conservées toutes les impressions des actions passées, et le mourant s’absorbe alors dans ces expériences.

 

Puis vient la perte totale de la mémoire.

Ensuite apparaît devant le mental de l’homme la vision de sa vie à venir, vision déterminée par les impressions de ses actes passés ;

Et il ne souvient plus de sa vie sur terre.

Cet oubli complet de son identité passée, c’est la mort.

 

Sa complète acceptation d’un autre état et l’identification à un nouveau corps est considéré comme sa naissance.

Il ne se souvient plus de sa vie passée, et bien qu’il ait existé auparavent, il se considère comme nouveau-né.

 

Comme la flamme d’une lampe ou le courant d’un fleuve, les corps des créatures, avec le passage imperceptible du temps, sont constamment en mouvement.

C’est ainsi qu’ils sont, en un certain sens, continuellement en train de naître et continuellement en train de mourir.

 - La flamme de la lampe est-elle identiquement la même maintenant qu’elle l’était l’instant précédent ?

 - Le courant de l’eau est-il toujours identiquement le même ?

 - L’homme, s’il s’est identifié avec le corps, est-il le même homme aujourd’hui qu’il l’était hier ?

 

En vérité, il n’y a ni naissance ni mort pour l’homme réel ;

Il est immortel !

Tout le reste est illusion.

 

La conception, l’état embryonnaire, la naissance, l’enfance, l’adolescence, la jeunesse, l’âge mûr et la mort :

 - Ce sont là les différents états du corps, et ils n’affectent pas l’homme réel.

Mais l’homme, en raison de son attachement aux trois influences matérielles, s’identifie par ignorance aux états désirables ou indésirables, lesquels appartiennent assurément au corps et non au Soi.

Quelques-uns, cependant, qui sont sages et parvenus à la connaissance, renoncent à cette identification et trouvent la vie éternelle.

 

L’Âtman est le témoin éternel, distinct du corps :

 - Comme l’observateur d’une plante qu’il regarde croître à partir d’un graine, arriver à maturité et mourir.

 

L’ignorant ne parvient pas à connaître le Soi et à en faire l’expérience comme distinct de Prakriti, et, trompé par son attachement aux influences matérielles de Prakriti, passe de naissance en mort et de mort en naissance.

 

Sa naissance suivante est régie par les actes de sa vie présente :

 - Les actions qui constituent son caractère.

Si son caractère est dominé par la vertu, il réalise une naissance supérieure, celle d’un deva ou d’un sage ;

Si c’est par la passion, il retourne sur terre en tant qu’asura ou en tant qu’homme ;

Et si c’est par l’ignorance, il naît de matrices inférieures.

 

Les influences matérielles appartiennent au mental, et l’Âtman, bien que sans naissance et sans mort, semble être influencé par elles ;

Il est manifestement né et se heurte selon toute apparence à la mort ;

De la même manière que les arbres reflétés sur un cours d’eau semblent se mouvoir avec le courant, ou que, quand le corps tourbillonne, le sol semble tourbillonner aussi.

 

En fait, la naissance et la mort et toutes les expériences de la vie sont pour l’Âtman les expériences d’un rêve prolongé.

Les malheurs, bien qu’appartenant au monde des rêves, sont assurément douloureux, et ne disparaissent pas jusqu’à ce que notre rêve prenne fin.

Pas plus que ce rêve de la vie ne prend fin pour celui dont les pensées sont plongées dans les choses éphémères et sensuelles.

 

C’est pourquoi, ô Uddhava, maîtrise les sens dirigés vers l’extérieur.

Tiens-toi sous contrôle.

Apprends à méditer sur l’Âtman.

Lorsque tu sauras que tu ne fais qu’un avec Dieu, ce rêve cessera.

 

Si tu désires le bien suprême, tu dois faire preuve d’impassibilité.

Garde ton équanimité même si tu te trouves dans des situations extrêmes et désespérées.

Que ta paix ne soit point troublée quand bien même tu serais tourné en ridicule ou dénigré par d’autres.

Ne rends jamais la haine pour la haine, ni le tort pour le tort.

Désirant le bien suprême, tu dois t’efforcer de te libérer du mal et de l’ignorance.


 

BHAGAVATA PURANA

LIVRE 11- 16 ; Le chant du mendiant

Srî Krishna :

 - Malheur à moi, j’ai vainement gâché ma vie dans une folle quète de richesse, laquelle n’apporte que trop rarement le bonheur à l’homme.

L’avidité ne cesse pas avec la possession des  richesses ;

Et celui qui possède des richesses vit dans la crainte et l’anxiété constante de les perdre.

 

Le vol, la cruauté, le mensonge, l’ostentation, la concupiscence, la colère, l’orgueil, le dédain, la dissension, l’inimitié, la méfiance, la concurrence et les trois intempérances :

 - le sexe, le vin et les jeux de hasard, ces quinze maux sont définis comme étant la conséquence de la richesse.

Même parents et amis se muent en ennemis pour une somme d’argent insignifiante.

 

Ceux qui, ayant obtenu cette naissance humaine qui est la porte d’entrée vers Brahman et la Libération :

 - Naissance que convoitent même les dieux, attachés à la concupiscence et à l’or, ignorent les appels de l’Infini, négligent de réaliser le bien suprême sont inévitablement confrontés à une fin fâcheuse.

 

La force et l’énergie qui sont gaspillées par les ignorants à la recherche d’une richesse vaine et peu gratifiante mèneront, si elles sont sagement dirigées, à la porte de la liberté.

 

Comment se fait-il que même ceux que l’on appelle des sages souffrent de temps à autre d’avidité ?

 - Assurément le monde doit être totalement induit en erreur par quelque pouvoir insondable !

 

Le Seigneur Hari, qui est l’incarnation de toutes les qualités divines, doit certes m’être favorable, car il m’a rendu las du monde :

 - Condition qui sert de bateau sur lequel l’âme engagé dans le combat peut traverser l’océan de la vie et de la mort.

 

C’est pourquoi, durant les années qui me restent à vivre, je pratiquerai des austérités et consacrerai résolument toutes mes énergies aux pratiques spirituelles :

 - Pratiques qui, propices au bien suprême, m’apprendront à trouver la joie dans la méditation sur le seul Soi.

 

«  Que les dieux qui gouvernent les trois mondes, me bénissent ! »

 

Plus rien ne me cause ni plaisir ni douleur :

 - Ni les dieux, ni l’Âtman, ni aucune planète, ni les actions, ni le passage du temps. 

Le mental, déclarent les écritures, est la seule cause de la souffrance.

C’est le mental qui met en mouvement la Roue de la naissance et de la mort.

Le mental crée les modifications des influences matérielles, d’où procèdent les variétés d’actions qualifiées de blanches, noires ou rouges.

Notre prochaine naissance et vie sont déterminées par la nature de ces actions.

 

Le Soi, plongé dans Sa propre gloire, bien qu’en étroite association avec le mental, reste inaffecté par les modifications des influences matérielles.

Le Soi est le seigneur et le souverain ;

Il est le témoin de toute pensée.

Sur Lui se reflète, comme dans un miroir, l’expérience du monde.

 

Mais l’homme, en s’identifiant avec le mental et ses modifications, tente de satisfaire ses désirs, et aussitôt il s’asservit.

 

La charité, l’accomplissement de son devoir, l’observance des pratiques morales et religieuses, les vœux, et l’acquisition de mérites :

 - Tous ces éléments ont un seul but, à savoir la maîtrise de soi.

Le Yoga le plus élevé est le contrôle du mental.

 

De quelle utilité sont la charité et les autres observances pour celui dont le mental est sous contrôle et tranquille ?

De quelle utilité sont par ailleurs la charité et les autres observances pour celui dont le mental tombe dans la nonchalance et ne cherche pas à le contrôler ?

 

Tous les dieux sont sous la domination du mental, mais il n’arrive jamais que le mental soit sous la domination d’aucun pouvoir.

Même les yogis savent que le mental est un dieu terrible, plus fort que le plus fort.

Par conséquent, celui qui peut amener le mental sous sa dépendance est assurément le dieu des dieux.

 

Le mental non maitrisé est en vérité l’ennemi invincible dont l’assaut est insupportable et dont l’arme transperce les organes vitaux mêmes.

Certains, particulièrement stupides et ignorants, sans lutter pour conquérir cet ennemi, s’engagent vainement dans la lutte contre des personnes et des influences extérieures, et rendent ainsi les hommes amicaux, hostiles ou indifférents à leur égard.

 

Ces personnes aveugles et stupides qui prennent le corps (création du mental) comme « moi » et « mien », pensent par ignorance :

 - « Je suis untel, et cet autre est différent. », et errent par là même dans une jungle sans limites de perplexité et d’affliction.

 

Même si tu penses qu’une autre personne te cause du bonheur ou du malheur, tu n’es réellement ni heureux ni misérable, car tu es l’Âtman, l’Esprit immuable ;

Ton sens du bonheur et du malheur est dû à une fausse identification de ton Soi avec le corps, qui seul est soumis aux changements.

Le Soi est le Soi réel en tous.

Contre qui devrais-tu être en colère pour t’avoir causé de la douleur si accidentellement tu te mords la langue avec les dents ?

 - Si tu crois que les dieux te causent de la souffrance, pense que tu n’es concerné par aucune souffrance, car tu es l’Âtman, l’Esprit immuable.

Tous les changements se rapportent aux sens, qui sont seuls affectés.

Contre qui qui devrais-tu être en colère si dans ton prore corps un membre en frappe un autre ?

 

Si l’âtman est considéré comme la cause du bonheur et du malheur, alors aucun blâme ne s’attache à personne, car l’Âtman, dans ce cas, exprime sa propre nature intrinsèque.

Mais l’Âtman, qui est existence, connaissance et béatitude, ne peut avoir une autre nature intrinsèque ou attribut.

Si cela apparaît ainsi, c’est illusoire.

Par conséquent, il n’y a ni plaisir ni douleur.

Contre qui, dans ce cas, devrait-on être en colère ?

 

Si les planètes sont la cause du bonheur et du malheur, qu’est-ce que l’Âtman, qui est sans naissance, a à voir avec elles ?

 - Les planètes peuvent influencer ce qui est né, et agir l’une sur l’autre, mais l’Âtman est différent à la fois des planètes et de ce qui est né.

Contre qui, dans ce cas, devrait-on être en colère ?

Si les actions sont considérées comme la cause du bonheur et du malheur, comment peuvent-elles affecter l’Âtman ?

 - Les actions affectent l’agent.

L’Âtman n’est pas l’agent, car l’Âtman se suffit à lui-même.

Par conséquent, les actes, la cause supposée du plaisir et de la douleur, ne peuvent jamais affecter l’Âtman.

Contre qui, dans ce cas, devrait-on être en colère ?

 

Se peut-il que le cours du temps causse le bonheur et le malheur ?

 - Mais même alors, l’Âtman reste inaffecté, car le temps n’existe que dans le mental.

Assurément, la flamme du feu n’est pas affectée par la chaleur.

Contre qui, dans ce cas, devrait-on être en colère ?

 

En vérité, il n’y a pas de relativité dans l’Âtman, ni plaisir ni douleur, et en fait aucun opposé d’aucune sorte.

L’Âtman qui est au-delà des influences matérielles, ne peut pas non plus être affecté, et en aucune façon, par une cause quelconque.

C’est le soi apparent, l’ego, qui fait apparaître l’existence relative.

L’âme éclairée est sans crainte, car elle est inaffectée par les modifications du mental et de la matière.

 

C’est ainsi qu’il me faut pratiquer la dévotion au Soi suprême, le refuge des grands sages d’autrefois.

En vérité, je traverserai la jungle sans limites de l’ignorance en adorant les Pieds du Seigneur de l’Amour. »

 

 - Il n’y a aucune cause qui préside aux plaisirs et aux douleurs de la vie en dehors de nous-même.

C’est le mental mystifié qui produit le bonheur et le malheur.

Les amis et les ennemis, ainsi que ceux qui ne sont ni amis ni ennemis, et même toute cette existence relative :

 - Tout cela est une création du mental ignorant.

 

 

BHAGAVATA PURANA

LIVRE 11- 19 ; L’âme libre

Srî Krishna :

 - Le soleil illumine la terre et le ciel, tandis que le saint, allumant le feu de la divine sagesse, illumine le cœur.

Il est le véritable ami de l’homme.

Il est l’Âtman.

Il est Mon Soi lui-même.


 

BHAGAVATA PURANA

LIVRE 11- 20 ; La Réalisation de Dieu

Srî Krishna :

 - Ne loue ni ne blâme les actions et le caractère de quiconque.

Considère l’univers entier comme une émanation de Purusha et Prakriti, et faisant Un avec Dieu.

 - Celui qui loue ou blâme les actions et le caractère d’autrui a son cœur fixé sur l’irréel, et s’éloigne donc rapidement de l’état spirituel parfait, là où l’on voit Dieu en tous.

 

L’Âtman est lumineux par Lui-même et sans naissance ;

Il est Existence et Connaissance absolue,

Il est l’œil des yeux, l’Un sans second.

Il est au-delà de la parole.

 

En raison de son existence, toutes les forces corporelles s’acquittent de leurs fonctions.

L’univers fini et multiple n’a pas d’existence en dehors du Soi infini.

 

Voir le fini dans le Soi infini est une illusion du mental.


 

BHAGAVATA PURANA

LIVRE 11- 21 ; Uddhava se rend à Badarikâsrama

Uddhava :

  - Ô Vous l’ami de tous, en vérité vous vous donnez sans réserve à Vos dévots qui n’ont pas d’autre refuge que Vous.

Même si les dieux et les anges, ou les grands monarques de la terre, entassent des trésors et des couronnes à Vos pieds, Vous êtes pourtant un ami des modestes et des humbles.

 

 - O Vous Seigneur bien-aimé, le Soi de tous, Vous exaucez le désir de ceux qui prennent refuge en Vous.

Sachant la façon dont Vous aimez Vos amants, qui pourrait résister à Vous aimer ?

 

 Que tel homme ne désire que le bonheur et la prospérité mondaines, et que tel autre désire se libérer de ceux-ci, Vous êtres pareillement leur refuge.

 - Qui d’autre que Vous adoreraient-ils ?

 - Au demeurant, qu’est-ce qui est en vérité inaccessible à ceux qui adorent la poussière que Vos pieds foulent ?

 

Vous êtes le Guru à l’extérieur, Vous êtes le Soi à l’intérieur, Vous éliminez les souillures du cœur et révélez Votre royaume à Vos dévots.

Nul ne peut rembourser sa dette de gratitude envers Vous.

La pensée même de Votre grâce remplit le cœur d’une joie sans cesse croissante.

Sage est celui qui regarde tous les êtres d’un œil égal, voyant l’Unique Dieu immanent dans le cœur de tous.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Suka enseigne à Parîkshit la sagesse divine.

 

 - « Ô roi, heureux sont ceux qui méditent sur le Dieu immanent, car ils seront purs.

Heureux sont-ils en vérité ceux qui adorent Dieu dans le sanctuaire de leur cœur, qui chantent son Nom, Le prient et chantent Sa gloire, car ils seront lavés de tout mal.

De même que l’or est libéré des scories par le feu, de même le cœur de l’homme est libéré des mauvais désirs par la méditation sur le Seigneur qui pénètre toutes choses et réside dans l’âme.

 O roi, que tu mourras pour toujours n’est pas vrai.

C’est là une peur immotivée.

Aie donc du courage.

Seul le corps a un début et une fin :

 - Tu es au-delà du corps et plus grand que lui.

Pour toi, il n’y a pas de mort.

Tu es immortel, non pas comme la semence vit dans l’arbre, ni comme un homme vit dans ses enfants et les enfants de ses enfants, mais dans ton Soi en tant qu’être distinct du corps – distinct comme le feu l’est du bois.

L’Âtman, séparé du corps, est sans naissance et sans mort.

Tu es au-delà de la mort et immuable.

Fait preuve de discrimination et connaît ton véritable Soi.

Pense au Soi, l’existence qui pénètre toutes choses.

 - « Je suis le suprême Brahman ! »

Epilogue

 

Le Sûta :

- « Toujours nouveaux et toujours sources d’inspiration sont les enseignements du Bhâgavatam sacré.

La méditation sur la vie divine de Krishna est édifiante ;

Elle chasse comme par magie les misères de la vie et conduit à la réalisation du Dieu d’amour.

Chanter son Nom est sanctifiant.

Le souvenir constant des Pieds de Lotus de Srî Krishna purifie le cœur, éloigne le mal, nourrit le véritable amour et la sagesse toute suprême.

 - « Ô vous les saints, vous êtres les plus nobles et les meilleurs des hommes, car dans le sanctuaire de votre cœur vous méditez constamment sur celui qui est l’Âme de toutes les âmes et vous l’adorez. »

 - « Puissions-nous méditer sur Brahman, pur, sans affliction, immortel, la source de toute révélation ! »

 

« Allégeance à Srî Krishna, le Dieu de l’Amour !

Notre salutation à Suka, le prince des yogis !

OM

Srî Râmakrishnarpanam astu !

OM

Shanti, Shanti, Shanti

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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