LIVRE 2
BHAGAVATA-PURANA,
LIVRE 2
Çhuka :
- « Grand roi ! De tous les sujets que l’homme doivent entendre,
celui sur lequel porte ta question est le plus important, le meilleur, celui
d’où dépend le bien du monde,
et qu’approuvent les
sages qui connaissent l’Esprit.
Occupés dans leurs
demeures aux soins des chefs de maison, il y a des milliers de sujets que
doivent entendre les hommes qui ignorent la nature de l’Esprit.
La nuit, leur vie se
passe dans le sommeil ou dans les plaisirs des sens ;
Le jour, dans de
continuels efforts pour acquérir des richesses ou soutenir leur famille.
Attaché à tout ce qui
l’entoure, à son corps, à ses enfants, à sa femme, quoique tout cela n’ait pas
une existence réelle, l’homme, quand il les voit mourir, n’en est pas plus
éclairé.
C’est pourquoi, fils
de Bharata, l’objet que doit toujours entendre, célébrer et se rappeler l’homme
qui désire son salut, c’est Bhagavat, l’Âme universelle, Hari, le souverain
Seigneur.
La plus belle
récompense qu’au moment de sa mort l’homme puisse obtenir d’une vie passée dans
l’observation de ses devoirs, conformément à la doctrine du Sâmkhya et du Yôga,
c’est de se rappeler Nârâyana. »
Çhuka :
- -« Oui, la récitation des noms de Hari est pour les Yôgis qui, arrivés à
l’indifférence, veulent parvenir au lieu où l’on a plus rien à craindre, un
acte qu’ils regardent comme obligatoire.
Que font à l’insensé
les longues années qu’il passe en ce monde sans s’apercevoir de leur
cours ?
Un seul instant vaut
mieux pour celui qui en connaît la rapidité, pourvu qu’il en profite pour faire
son salut. »
Çhuka
- « Quand approche l’instant de la mort, que l’homme, exempt de trouble,
tranche avec le glaive de la séparation le lien d’affection qui l’attache à son
corps et à tout ce qui l’entoure.
Que sorti de sa
maison pour se faire anachorète, plein de fermeté, s’étant baigné dans l’eau
sainte d’un étang, assis sur un siège pur, isolé, construit conformément à la
loi,
Il répète en lui-même
la pure et suprême syllabe formée de trois lettres, qui est Brahmâ ;
Qu’il contienne son
cœur, maître désormais de sa respiration, et gardant le souvenir du monosyllabe
où Brahmâ réside tout entier.
Que guidé par son
intelligence, il se serve de son cœur pour détacher ses sens du contact des
choses matérielles,
et qu’il fixe par la
méditation sur l’objet essentiellement beau, son cœur que distrait encore
l’accomplissement des œuvres.
Là, qu’il médite sur
chacune des parties de cet objet, sans que son esprit cesse d’en embrasser
l’ensemble ;
Et qu’après avoir uni
à cet objet son cœur désormais détaché des choses matérielles, il ne songe plus
à aucune autre chose,
en contemplant la
forme suprême de Vichnou,
où l’âme trouve le
repos. »
Chuka :
- « Cet Être unique qui, semblable à l’âme qui voit par les organes des
êtres divers qu’elle crée en songe, perçoit tout par l’opération des intelligences
de toutes les créatures ;
Cet Être, la vérité
même, le trésor de la béatitude, c’est à Lui qu’il faut rendre un culte, c’est
à Lui qu’il faut s’attacher, et non aux autres dieux d’où l’âme retombe pour
revenir en ce monde. »
Chuka :
- « La Voie enseignée par le Vêda n’est autre que ceci :
- Errant au milieu des existences dont les
noms vides de sens occupent ses méditations,
l’homme, endormi par
son imagination sur une route qui n’est qu’une illusion vaine,
n’y rencontre pas de
réalités.
C’est pourquoi il
faut que le sage, dont l’intelligence est active, ne songe aux objets, ces noms
sans réalité, que pour le strict nécessaire et sans s’y attacher jamais ;
Et si ces objets lui
sont acquis d’ailleurs, il ne doit plus, en considération de la peine qu’il se
donnerait, faire aucun effort pour s’en procurer d’autres. »
Chuka :
- « Aussi, que le sage parvenu à la quiétude, sûr de son but, adore Bhagavat,
qui trouve de Lui-même la perfection dans sa propre intelligence ;
Cet être aimable,
véritablement existant, infini, cet Être en qui cesse la cause de la
transmigration.
Qui donc, à
l’exception des hommes qui ressemblent aux animaux, mépriserait cette
contemplation de l’Être suprême pour se livrer à des méditations sans objet,
à la vue de l’homme
tombé dans ce monde, semblable au fleuve de l’enfer, et esclave des douleurs
que produisent ses actions ?
Quelques sages se
représentent, par la méditation, comme occupant l’espace du plus petit empan
dans la cavité du cœur situé à l’intérieur de leur corps, Purucha ayant quatre
bras,
et tenant le lotus,
la conque et la massue.
Sa figure est
bienveillante ;
Ses grands yeux
ressemblent au lotus ;
Ses vêtements sont
jaunes comme les filaments de la fleur du Kadamba ;
Ses bracelets d’or
sont ornés de riches joyaux ;
Son diadème et Ses
pendants d’oreilles brillent de pierres étincelantes.
Dans l’asile du cœur
des maîtres du Yôga, comme au milieu du péricarpe d’un lotus épanoui, sont
placés Ses pieds, semblables à des bourgeons ;
L’attribut par lequel
Il se manifeste est Çhrî ;
A Son cou est
suspendu le joyau Kâustubha ;
Il porte une
guirlande de fleurs des bois dont la fraîcheur ne se fane jamais.
Il est orné d’une
ceinture et de bagues précieuses, de bracelets et d’anneaux ;
Un gracieux sourire
se peint sur Son visage embelli par les boucles de Ses cheveux noirs, purs et
lisses.
Une bienveillance
infinie se marque dans le mouvement de Ses sourcils qui brillent au-dessus d’un
regard animé par le noble sourire des jeux auxquels Il se livre ;
C’est Lui, c’est le
Seigneur suprême que le sage verra sous la forme de sa pensée, tant qu’il
fixera son cœur sur Lui dans sa méditation.
Que le sage médite
avec son intelligence sur chacune des parties du Dieu qui porte la massue, les
unes après les autres, depuis ses pieds jusqu’à Son sourire.
A mesure que, maître
d’une de ces parties, il s’élève à une partie plus noble, son intelligence se
purifiant en proportion.
Tant qu’il ne sent
pas naître en lui une dévotion intense pour cet Etre supérieur, Maître de
l’univers, et doué de vue,
il faut qu’après
avoir accompli les œuvres obligatoires, il s’efforce de se représenter la forme
solide de Purucha.
Que l’ascète qui veut
abandonner ce monde, assis sur un siège solide et commode, ne s’occupe ni du
temps ni du lieu, et que, maître de sa respiration, il contienne son souffle en
son cœur.
Absorbant son cœur
dans son intelligence purifiée,
celle-ci dans le
principe qui voit en nous,
celui-ci dans sa
propre âme, identifiant son âme avec l’Âme universelle, que le sage, plein de
fermeté, en possession du repos absolu,
s’abstienne de toute
action.
Là où ne domine pas
le temps, maître des dieux au regard immobile ;
Là où, les dieux n’ont
pas d’empire sur des mondes qui n’existent pas ;
Là où ne se trouvent
ni les trois qualités de la bonté, de la passion et des ténèbres,
ni le principe des
créations variées, ni Mahat, ni la Nature,
c’est là qu’ils
placent la suprême essence de Vichnou,
ces sages qui
désirent abandonner ce qui n’a pas d’existence réelle, en disant :
- « Cela n’est pas ! Cela n’est
pas ! »
Et qui laissant de
côté ce que l’on prend à tort pour l’Esprit, unissent à chaque instant leur
cœur, qu’ils éloignent de toute autre affection, à la forme de celui qui mérite
tous nos hommages.
Que le solitaire,
parvenu à ce degré de contemplation, après avoir anéanti tout à fait les
perceptions par la force de la vue de la science parfaite, se réfugie dans un
repos absolu ;
Que fermant avec ses
talons les voies inférieures, il rappelle en haut, sans se lasser, le souffle
de vie des six demeures où il réside.
Attirant le souffle
vital du nombril dans son cœur, qu’il le fasse monter de là, par la voie de
l’air nommé Udâna, dans sa poitrine ;
Qu’ensuite, maître de
son attention et réunissant le souffle de vie à son intelligence, il l’amène
peu à peu jusqu’à la racine de son palais.
De là, qu’il le
conduise dans l’intervalle de ses sourcils, fermant les sept voies qui lui sont
ouvertes,
et qu’étant resté en
cet état une demi-heure, à l’abri de toute distraction, possédant toute
l’intensité de sa vue,
il ouvre au souffle
vital une voie à travers le crâne et abandonne son corps pour aller se réunir à
l’Être suprême. »
Chuka :
- « Que celui qui n’a aucun désir ou qui désire tout, c’est-à-dire
l’affranchissement, et dont l’intelligence, s’adresse,
avec l’application
d’une dévotion ardente, à l’Esprit suprême.
Quel est celui qui ne
quitterait pas tout pour jouir des histoires de Hari, qui donnent et la science
par laquelle est calmé complétement le tourbillon des vagues des qualités,
et la paix du cœur,
et le détachement des
objets sensibles,
et la pratique de la
dévotion qui est la voie approuvée de la délivrance absolue ? »
Chuka :
- « Adoration à l’Esprit suprême, immense, qui revêt la triple énergie des
qualités pour se livrer au jeu de la création, de la conservation et de la
destruction des choses ;
A celui qui est le
modérateur interne des âmes, et dont la voie est invisible !
Adoration, et encore
adoration Celui qui dissipe le chagrin des justes, et qui anéantit les
méchants ;
A Celui dont la forme
est tout ce qui est bon !
Adoration à Celui qui
accorde libéralement aux hommes qui suivent la condition des sages
contemplatifs, l’objet de leurs constantes recherches !
Adoration, adoration
au héros des Sâtvats, à Celui dont la demeure est bien loin pour les mauvais
Yôgis !
Adoration à Celui
qui, avec une puissance qui n’est ni surpassée ni même égalée, se plaît au sein
du Brahman, sa propre demeure !
Celui que le monde
n’a qu’à célébrer, se rappeler, voir adorer, entendre, vénérer, pour que ses
péchés disparaissent à l’instant même, à Celui-là, dont la gloire est prospère,
adoration, adoration !
Ceux qui savent
discerner le vrai, doivent au culte de Ses pieds de pouvoir, affranchis ici-bas
et dans l’autre monde des liens du cœur, obtenir, sans fatigue, la béatitude de
Brahman :
- A Celui-là, dont la gloire est prospère,
adoration, adoration !
Les pénitents qui se
mortifient, les hommes qui exercent l’aumône, ceux qui ont de la gloire, ceux
qui ont de l’intelligence, ceux qui connaissent les Mantras, ceux qui ont une
conduite vertueuse, n’obtiennent le bonheur qu’en s’unissant à Lui :
- A Celui-là, dont la
gloire est prospère, adoration, adoration !
Les êtres livrés au
péché deviennent purs en se réfugiant auprès de ceux dont Il est le
refuge :
- A Celui-là, dont la
gloire est prospère, adoration, adoration !
Qu’il me soit
favorable Bhagavat, le Seigneur, l’Âme même des sages maîtres de leur âme,
dont la forme est le
Triple Vêda, la Loi et la Pénitence,
Lui dont Adja
(Brahmâ), Çamkara (Çhiva) et les autres dieux doivent chercher sans détour à
connaître les attributs !
Que le Maître de la
prospérité, du sacrifice, des créatures,
le Maître des
intelligences, des mondes, de la terre,
le Maître et le salut
des Andhakas, des Vrîchnis, des Sâtvats,
que Bhagavat enfin,
le Maître des hommes vertueux, me soit favorable !
Celui que les
chantres inspirés, avec leur intelligence purifiée par la méditation de la
pensée de Ses pieds, reconnaissent, selon leur désir, comme l’essence de
l’Esprit et qu’ils appellent de ce nom ;
que ce bienheureux
Mukunda me soit favorable !
celui qui jadis
replaçant la mémoire au cœur d’Adja, donna le mouvement à Sarasvati,
lorsque, revêtue de
ses attributs, elle sortit de sa bouche, que ce chef des Rîchis me soit
favorable !
Que le Dieu, Âme de
l’univers, qui avec les grands éléments créa ces villes où il repose sous le
nom de Purucha,
et où Il jouit des
seize attributs de la sensibilité dont Il est en Lui-même l’essence,
que Bhagavat enfin
daigne embellir mes paroles !
Adoration à Bhagavat,
fils de Vâsudêva,
à Vêdhas, dont les
disciples bien-aimés burent le nectar de la science qui découlait du lotus de
sa bouche !
C’est cette science
même, ô roi, que le Dieu né de lui-même et matrice des Vêdas apprit de Hari,
et qu’il transmit à
Nârada qui la lui demandait. »
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