LIVRE 4 (2ème partie)

 

BHAGAVATA-PURANA – LIVRE 4 (2ème partie)

 

Nârada : - « il faut savoir que Puramdjana est l’Esprit, parce qu’il se crée des villes qu’il habite ;

Ces villes sont les corps ayant un, deux, trois, quatre ou plusieurs pieds, ou n’en ayant aucun.

L’ami de l’Esprit, que l’on appelle l’Inconnu, est le souverain Seigneur, parce qu’Il ne se fait connaître aux hommes, ni par Son nom, ni par Ses œuvres, ni par Ses qualités.

Quand l’Esprit voulu s’unir complétement aux qualités de la nature, il trouva bon, pour ce dessein, un corps muni de deux mains, de deux pieds et de neuf ouvertures.

 

C’est ainsi que plongé dans les ténèbres, l’Esprit dort pendant cent années au sein du corps, souffrant de maux divers qui Lui viennent des dieux, des éléments et de Lui-même,

Et que s’attribuant, quoiqu’Il n’est pas de qualités, les résultats de l’action du souffle vital, des sens et du cœur, Il ne songe qu’à recueillir un peu de plaisir, et agit avec la pensée du moi et du mien.

 

Lorsque l’Esprit, ne reconnaissant pas en Lui-même Bhagavat,  l’Être absolu, le Précepteur des mondes, s’attache, quoiqu’Il soit lumineux en soi, aux qualités de la nature,

Alors s’attribuant les qualités, Il accomplit involontairement des actes ;

Et Il renaît dans des conditions diverses, selon que son action a été, blanche, rouge ou noire.

Ces diverses actions Lui feront obtenir un jour, la première, une demeure resplendissante de lumière ;

La seconde, un séjour où l’on ne recueille que de la douleur et où l’on se fatigue à agir ;

La troisième, un monde de chagrins et de ténèbres.

Suivant la nature de Ses actions et des qualités auxquelles Il s’unit, Il est tantôt mâle, femelle, hermaphrodite et privé d’intelligence, tantôt homme, dieu ou animal.

 

De même qu’un chien misérable, dévoré par la faim, va de maison en maison, et y trouve ce que le destin lui réserve, des coups ou des aliments,

De même l’esprit individuel, tout entier à ses désirs, parcourt les voies élevées ou inférieures de l’existence, et recueille dans les conditions basses, moyennes ou hautes, la peine ou le plaisir que le destin lui réserve.

 

L’esprit individuel ne peut s’affranchir d’aucune des trois espèces de douleurs qui lui viennent des dieux, des éléments ou de lui-même ;

Quand même il résisterait à l’une d’elles, il succombera toujours sous une autre des trois.

En effet, comme un homme qui porte sur la tête un lourd fardeau, le fait passer sur son épaule, ainsi les moyens par lesquels l’esprit résiste à la douleur ne font que se déplacer.

C’est toujours une action que le moyen employé pour s’affranchir de l’action, et ce moyen n’est donc pas définitif ;

L’une et l’autre action sont le fruit de l’ignorance, et la première ressemble à un songe dans un songe.

Car quoique les objets n’aient pas de réalité véritable, le cœur, enveloppé par la forme du corps subtil, ne peut arrêter le cours de la transmigration, pas plus qu’un songe n’interrompt le cours d’un autre songe.

Puis donc que l’Esprit, qui est la réalité véritable,

est retenu par le cœur au sein du monde qui n’est qu’une succession de vaines apparences,

le seul moyen qu’Il ait de s’affranchir de ce monde est une dévotion absolue pour le Précepteur suprême.

 

Ne prends donc pas, ô roi, pour le but réel de l’homme,

les œuvres que l’ignorance seule lui représente,

qui ne touchent que les oreilles et n’atteignent pas à la véritable substance.

Ils ignorent le monde qu’habite le divin Djanârdana, ces esprits ténébreux qui, méconnaissant la nature des Vêdas, s’imaginent que ces livres recommandent les œuvres.

 

 - L’œuvre c’est de plaire à Bhagavat, la science c’est de penser à Lui !

 

Hari est l’âme des êtres doués d’un corps ;

Il est la Nature et le Seigneur bienheureux ;

La plante de Ses pieds est l’asile où les hommes, en ce monde, peuvent trouver le bonheur durable.

Il est cette âme qui est pour nous ce qu’il y a de plus cher ;

Il est celui dont on n’a pas à craindre le moindre danger :

 - Qui le connaît ainsi est savant ;

Le savant est Hari, le Précepteur Lui-même. »

 

Nârada : - « L’union non interrompue de l’Esprit avec le corps subtil ou le cœur, cause de ses actions en ce monde, est aussi ce qui lui fait recueillir dans l’autre le résultat de ses actions.

Tout comme l’Esprit laisse respirer le corps gisant et inactif, pour jouir en son cœur de l’action qu’il y a conçue, de même il jouit de son action dans l’autre monde, avec un corps, soit semblable, soit différent.

Toutes les choses que l’homme conçoit en son cœur, quand il dit : - « Moi, ceci est à moi ! », sont autant d’actions accomplies qui le soumettent à la Loi de la renaissance.

De même que des opérations exécutées par les organes de l’action et de la connaissance, on conclut la pensée,

ainsi c’est aux opérations de la pensée que l’on reconnaît une action accomplie dans un corps antérieur.

Il arrive quelque fois que l’homme conçoit en son cœur certaines choses sous une forme et d’une manière différentes de tout ce qu’il a jamais perçu, vu ou entendu à l’aide de son corps.

Crois, bien, ô roi, que de telles idées qui naissent dans l’Esprit uni au corps subtil, sont le produit d’un corps antérieur ;

Car il n’y a que ce qui a été perçu, qui puisse être conçu dans le cœur.

C’est le cœur seul qui témoigne des formes que l’homme a revêtues dans ses existences antérieures ;

Il annonce et puisse le bonheur être avec toi, ce que l’homme sera, comme ce qu’il ne sera pas.

Telle est la manière dont il faut interpréter tout ce que l’Esprit peut voir parfois, en ce monde, d’inouï et d’inconnu, quant au temps, au lieu et au mode d’action.

 

Tous les objets sensibles viennent successivement se représenter dans le cœur, et s’en efface dans le même ordre ;

Or tous les mortels ont un cœur.

Souvent l’image de l’univers, semblables aux ténèbres qui nous cachent la lune, vient obscurcir un cœur tout plein de la qualité de la bonté, et qui marche constamment aux côtés de Bhagavat.

Non, le sentiment du moi et du mien ne quitte jamais l’esprit, tant que subsiste ce composé formé de la réunion de l’intelligence, du cœur, des attributs sensibles et des qualités, corps subtil qui n’a pas eu de commencement.

Pendant le sommeil, pendant la défaillance, ou quand la douleur nous afflige, comme les sens, organes de la vie, sont frappés d’inaction, la conscience du moi est suspendue, de même que dans la mort et dans la fièvre.

 

Quand l’homme est dans le sein maternel et même pendant l’enfance, il est encore trop imparfait, par suite de sa jeunesse, pour que le corps subtil, formé des onze organes des sens, soit plus visible que la lune, le jour où elle est nouvelle.

Ainsi quoique les objets extérieurs n’aient pas de réalité, la loi de la transmigration n’est pas plus suspendue, pour l’homme absorbé par les objets, qu’un songe ne l’est par la vue d’une vaine image.

Le corps subtil est donc formé des cinq molécules élémentaires, des trois qualités et des seize organes des sens qui ajoutent à son étendue ;

Uni à l’intelligence, on l’appelle « l’âme vivante et individuelle ».

 

Et c’est au moyen de l’âme individuelle que l’Esprit revêt et quitte des corps divers ;

C’est par elle qu’Il éprouve de la joie, de la tristesse, de la crainte, de la douleur et du plaisir.

 

De même que la sangsue qui vit au milieu des herbes, ne quitte la tige qui la soutient qu’après en avoir saisi une autre, ainsi l’homme, à l’heure même de sa mort, n’abandonne la conscience du corps qu’il habitait,

Qu’au moment où il en a trouvé un autre, ce qui a lieu quand est arrivé le terme de ses œuvres ;

C’est le cœur seul, ô roi, qui est la cause de l’existence des mortels.

 

Lorsque son attention est absorbée par les opérations qu’exécutent les sens, il ne cesse d’accumuler œuvres sur œuvres ;

Quand une fois existe l’action, qui n’est autre que l’ignorance, elle devient le lien qui enchaîne le corps à une nouvelle action.

Si donc tu veux te soustraire à cette nécessité, honore de toute ton âme Hari, reconnaissant en Lui l’Âme de toutes choses, et l’Auteur de la conservation, de l’origine et de la destruction de l’univers. »

Les Pratchêtas : - « Adoration à Celui qui anéantit toutes les douleurs, à Celui dont les noms sont Ses nobles qualités,

à Celui qui est plus rapide que la pensée et que la parole,

à Celui dont on n’atteint la voie par la route d’aucun des sens !

 

Adoration à Celui qui, naturellement pur et calme, se montre, dans le cœur, sous l’apparence d’une dualité qui n’a pas d’existence réelle ;

A Celui qui, pour conserver, détruire et créer l’univers, revêt, à l’aide des qualités de Mâyâ, des formes diverses !

 

Adoration à Celui dont l’essence est pure, à ce Hari, dont la connaissance ravit au monde celui qui la possède ;

A Krîchna, fils de Vâsudêva et chefs de tous les Sâtvats !

 

Adoration à Celui dont le nombril a produit un lotus ;

A Celui qui porte une guirlande de lotus ;

A Celui dont les pieds, dont les yeux ressemblent au lotus !

 

Adoration à Celui dont le vêtement sans tache est jaune comme les étamines du lotus ;

A Celui qui résidant au sein de tous les êtres, est le témoin intérieur des âmes !

 

C’est à ce Dieu que s’adresse notre adoration ! 

Adoration à Celui qui est uniforme et pur, au suprême Purucha, à Purucha, à Vâsudêva qui est la bonté même !

Adoration enfon à Toi, ô Bhagavat ! »

 

Nârada : - « La naissance, les œuvres, l’existence, le cœur, la parole ne sont rien si l’homme ne les emploie pas à honorer en ce monde Hari, le souverain Seigneur, Âme de l’univers.

Qu’est-ce pour l’homme que cette triple naissance qu’il doit à une pure origine, à l’investiture et au sacrifice ?

Que sont les cérémonies religieuses ordonnées par le triple Vêda ?

Qu’est-ce même qu’une existence égale à celle des dieux ?

Que sont la connaissance de l’Ecriture, les austérités, l’éloquence, la capacité de l’esprit, la pénétration de l’intelligence, la force et la perfection des sens ?

Que sont le Yôga, le Sâmkhya, le renoncement, la lecture du Vêda et tant d’autres perfections, là où ne se trouve pas Hari qui se donne lui-même à tous les êtres ?

L’Esprit en effet est, à cause de son importance, le terme où aboutissent tous les biens ;

Or c’est Hari qui est l’Esprit même et l’ami de tous les êtres auxquels il se manifeste.

De même que l’eau dont on arrose les racines d’un arbre, rafraîchit également sa tige, ses branches et ses rameaux ;

De même encore que l’alimentation qui soutient la vie, nourrit tous les organes, ainsi le culte d’Atchyuta est le culte de tous les dieux.

Comme les eaux qu’a laissées tomber le soleil remontent vers lui au temps marqué,

comme les créatures mobiles et immobiles retournent à la terre d’où elles viennent,

ainsi le courant des qualités rentre au sein de Hari d’où il sort.

 

Le séjour réel de Hari, Âme de l’univers, c’est ce monde visible qui est apparu en même temps que Lui, et qui ne s’en détache pas plus que les rayons du soleil de leur source ;

Et de même que les sens agissent dans la veille, pour s’endormir pendant le sommeil, de même la distinction erronée qui donne lieu à l’existence de la matière, de l’action et de la science, disparaît au sein de l’Esprit.

Tout comme paraissent au ciel et disparaissent tour à tour, ô princes, la lumière et les nuages qui l’obscurcissent,

ainsi se montrent et s’évanouissent tour à tour au sein du suprême Brahman, ces puissances nommées la passion, les ténèbres et la bonté ;

leur succession est la marche de l’univers.

 

Servez donc, en unissant à Lui vos cœurs, Hari, l’Âme unique de toutes les âmes,

qui est le temps, la nature, l’Esprit, le souverain Seigneur,

et qui anéantit par l’éclat de sa lumière les effets successifs des qualités.

 

La pitié pour tous les êtres, la disposition à être satisfait de tout, et le calme des sens, sont les moyens de plaire promptement à Djanârdana.

Appelé par une méditation toujours croissante au sein d’un cœur que l’homme vertueux a purifié en y éteignant tout désir,

l’Être impérissable qui reconnaît les droits que ses amis ont sur Lui,

ne quitte pas plus ce séjour que l’air qui en remplit la cavité.

 

Hari auquel sont chers les pauvres dont il est l’unique bien,

Hari qui connaît tous les sentiments,

n’accueille pas l’offrande de ces intelligences perverses qui,

orgueilleuses de leur savoir, de leurs richesses, de leur famille et de leurs œuvres,

insultent à l’homme vertueux qui n’a rien.

 

L’homme reconnaissant pourrait-il abandonner Celui qui, docile aux vœux de tous Ses serviteurs,

et trouvant sa perfection en Lui-même, néglige à la fois et Çrî qui s’attache à ses pas, et les dieux et les rois passionnés pour cette déesse ? »

 

 - « Ô ami, ô grand Yôgi, tu m’as aujourd’hui montré, dans ta compassion, le terme des ténèbres, là où se trouve Hari qui va au-devant des malheureux ! »

 

 

 

 

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