LIVRE 8

 

LIVRE 8

 

- Le devoir de celui qui a la puissance, c’est de protéger les malheureux -

 

Le roi : - « Raconte-nous, ô brâhmanes, à nous qui t’écoutons, quelles furent sous chacun des souverains de l’univers la naissance et les actions du grand Hari, que célèbrent les chantres inspirés.

Apprends-nous enfin, ô brâhmane, pour chacun des manvantaras où paraît Bhagavat, ce qu’a fait autrefois, ce que fera dans l’avenir, et ce que fait maintenant ce Dieu qui donne l’existence à l’univers. »

 

Chuka dit :

 - « Pendant qu’il répétait ainsi avec recueillement les Mantras et Upanishads… » :

 

Yadjna : - Celui par qui tout être pense et que nul être ne fait penser,

Celui qui veille quand sommeil l’univers,

L’homme ne le connaît pas ;

Mais Lui il connaît l’homme.

 

Cet univers tout entier,

et tout ce qu’il renferme est plein de l’Esprit suprême ;

Jouis de ce qu’il te donne,

et ne désire pas les biens d’autrui. 

 

Réfugiez-vous auprès de Celui qui voit l’homme lequel ne le voit pas,

Auprès de cet être divin aux belles ailes,

Dont la vue ne s’affaiblit jamais et qui est l’asile des créatures.

 

 

Celui qui n’a ni commencement, ni milieu, ni fin, ni dedans, ni dehors,

Pour lequel n’existe pas le mien et le toi,

Et duquel sort le monde et ses limites,

Celui-là est le grand,

Le véritable Être.

 

Cet Être dont l’univers est le corps,

Cet Être souverain, invoqué sous tant de noms, véritable, lumineux par lui-même, incréé, antique, exécute, à l’aide de son énergie incréée, la création et les autres changements de l’univers ;

Puis s’en détachant par sa science,

Il reste inactif.

 

Bhagavat, l’Être souverain, se livre à l’action,

mais il n’est pas enchaîné par ses œuvres ;

Car il trouve dans ce qu’il possède l’entier accomplissement de ses désirs :

 - Ceux qui l’imitent ne sont pas plus esclaves que Lui.

 

Cet Être actif,

exempt de personnalité, éclairé, sans désir, accompli, indépendant,

qui enseigne les hommes,

qui marche dans Sa propre voie,

cet Être souverain, source de tous les devoirs,

je me prosterne devant Lui. »

 

Le roi des éléphants : - « Adressons notre adoration à ce Bhagavat, duquel sort ce monde produit de Son intelligence ;

A Purucha, le premier principe, le souverain Seigneur.

 

Je me réfugie auprès de l’Être existant par Lui-même en qui repose cet univers qui sort de Lui,

qui est créé par Lui et qui n’est autre que Lui ;

Auprès de l’Être qui est supérieur à l’effet et à la cause.

 

Qu’il me protège celui dont l’infatigable regard contemple à la fois, en témoin, et ce monde apparent que sa Mâyâ fait quelque fois naître en son sein, et la cause qui d’autres fois le fait disparaître ;

Celui enfin qui supérieur à toute cause, a sa racine en Lui-même. »

 

Le bienheureux et puissant souverain : - «  Réfugions-nous auprès de l’Être impérissable, vous et moi qui avec Bhava, les suras, les hommes, les animaux, les êtres nés de la chaleur et des arbres, avons tous été créés par les portions issues d’une partie de Sa forme incarnée.

Celui aux yeux de qui nul n’est digne d’être puni ou sauvé, aux yeux de qui aucun parti ne mérite de mépris ou d’égards, et qui sait cependant pour créer, conserver et détruire, s’unir dans le temps convenable aux qualités de la passion, de la bonté et des ténèbres. »

 

Brahmâ : - « Nous nous inclinons devant le meilleur et le plus désirable des dieux, devant l’Être immuable, vrai, sans commencement ni fin,

qui n’a pas de parties,

qui réside dans tous les cœurs,

qui échappe au raisonnement,

qui est plus rapide que la pensée, qui ne peut être défini par la parole ;

Qui connaît le souffle vital, le cœur, l’intelligence et l’âme ;

Qui revêt l’apparence des objets et des sens, qui est inaccessible au sommeil et aux blessures ;

Devant ce Dieu impérissable, semblable à l’éther, paraissant dans les trois Yugas, et au sein duquel n’existent ni l’ombre ni la lumière, ces ailes de l’oiseau de la vie.

 

Je me réfugie auprès de cet Être véritable, qui est la roue de l’âme incréée, roue que pousse Mâyâ, que forme le cœur, qui a quinze rayons, trois moyeux, huit jantes ;

Roue rapide, mobile comme l’éclair, et dont on le nomme l’essieu.

Ce Dieu identique avec l’Être uniforme, invisible, insaisissable, placé au-delà des ténèbres, sans fin et sans limites, ce Dieu assis sur Suparna, que les sages abordent sur le char du yoga ;

Dont personne n’a pénétré la Mâyâ, cette illusion qui trouble l’homme et l’empêche de connaître son véritable but, ce Dieu souverain, maître de Lui-même et de ses qualités, également répandu dans tous les êtres, c’est Lui que nous devons adorer. »

 

 - Qu’il nous soit favorable ce Dieu à la puissance infinie…

- Qu’il nous soit favorable ce Dieu à la puissance infinie…

- Qu’il nous soit favorable ce Dieu à la puissance infinie…

 

Adoration à Celui dont l’énergie sommeille en son sein,

à Celui que satisfait la possession de sa royauté souveraine,

à Celui que ses œuvres n’enchaînent pas aux qualités produites par Mâyâ,

à Celui qui a la rapidité du vent.

Laisse-toi voir à nos sens, car nous sommes prosternés devant Toi, désireux de contempler le lotus de Ton visage qui sourit.

 

Adoration à Toi, Être infini, dont on pénètre difficilement les œuvres ;

A Toi qui n’a pas de qualités, mais qui dispose des qualités en maître, et qui as revêtu aujourd’hui celle de la bonté. »

 

Brahmâ : - « Adoration, adoration à Toi à qui sont étrangères la naissance, la conservation et la destruction ;

A Toi qui n’a pas de qualités, qui es l’océan de la béatitude du nirvana ;

A Toi qui es plus subtil que l’atome, dont les formes sont incalculables et la grandeur immense !

 

Ta forme, ô Toi le premier des esprits, ô Créateur, doit être honorée par le yoga des Vedas et des Tantras par ceux qui désirent la Béatitude ;

Oui, je vois les trois mondes et nous-mêmes au sein de cette forme qui embrasse l’univers.

Elle existait en Toi au commencement, elle existe au milieu et elle existera encore à la fin, cette forme qui dépend de Toi ;

Tu es pour ce monde comme l’argile pour le vase, le commencement, le milieu et la fin ;

Car Tu es supérieur au principe le plus élevé qui est la nature.

Après avoir créé l’univers à l’aide de Ta Mâyâ qui repose en Ton sein, Tu t’y es enfermé ;

Mais les sages clairvoyants qui pratiquent le yoga, te reconnaissent à l’aide de leur cœur dans la transformation des qualités, quoique les qualités te soient étrangères. »

 

Les pradjâpatis : - « Dieu des Dieux, ô Mahâdêva, Toi qui produit les êtres dont tu es l’âme, sauve-nous, nous qui cherchons auprès de Toi un asile, de ce poison qui consume les trois mondes.

Toi seul es capable d’enchaîner ou d’affranchir le monde entier ;

Les hommes vertueux célèbrent en Toi le maître qui anéantit les souffrances des malheureux.

Quant à l’aide de Ton énergie que constituent les qualités, Tu Te donnes à la création, à la conservation et à la destruction de cet univers, alors, Être éclairé et immense, Tu prends les noms distincts de Brahmâ, de Vishnou et de Chiva.

 

Tu es le suprême et mystérieux Brahmâ ;

Tu es la cause et l’effet, l’origine des êtres ;

Tu te manifeste par de nombreuses énergies ;

Tu es l’âme et le souverain de cet univers.

Tu es la matrice de la parole sacrée ;

Tu es le principe et l’âme du monde ;

Le souffle vital, les sens et la matière sont Tes qualités ;

Tu es la nature propre de chaque être, le temps, l’intelligence, le vrai, le juste, le devoir ;

En Toi, disent les sages, réside la triple substance impérissable.

Le feu qui embrasse la réunion de toutes les divinités est Ta bouche ;

 

On dit que la terre est le lotus de Tes pieds, ô créateur des mondes, le temps Ta marche, les points de l’horizon tes oreilles, et l’océan l’organe par lequel tu perçois les saveurs, ô Toi qui es l’ensemble de tous les dieux.

L’atmosphère est Ton nombril, le vent Ton souffle, le soleil Ta vue, l’eau Ta semence ;

Ton âme est le réceptacle des âmes supérieures et inférieures ;

La lune est Ton cœur, le ciel Ta tête, ô Bhagavat.

 

Les océans forment Ton ventre, les montagnes la charpente de Tes os, les végétaux et les plantes médicinales Tes poils ;

Les mètres du Vêda sont les sept éléments de Ton corps ;

Le devoir forme Ton cœur, ô Toi qui es le Triple Vêda.

Tes bouches, Seigneur, sont les cinq Upanishads dont se compose la classe des 38 Mantras ;

L’essence spirituelle, lumineuse par elle-même, que l’on appelle Chiva, est Ton propre séjour.

 

Ton ombre est dans les diverses formes d’injustice, causes de la destruction de l’univers ;

Tes trois yeux sont les qualités de la bonté, de la passion et des ténèbres ;

L’antique richi, ô Dieu, qui est le Vêda même formé de stances métriques, est Ton regard, à Toi auteur des livres sacrés. 

Nous voyons en Toi l’être suprême, et il n’y a rien de supérieur à Toi, ô Mahêchvara ;

C’est en effet pour la joie du monde qu’apparaît Celui dont l’action est invisible. »

 

La divine et vertueuse Ç :- « Sans doute, se disait-elle, celui-ci pratique des austérités, mais il ne sait pas vaincre sa colère ;

 - Celui-là possède la science, mais il n’est pas détaché de tout ;

L’un est grand, mais il n’est pas maître de ses désirs ;

 - Celui qui cherche un appui hors de soi serait-il le suprême Seigneur ?

 

Ici se trouve la justice, mais la bienveillance pour les créatures est absente ;

Un autre est généreux, mais il ne peut atteindre à l’affranchissement ;

La vigueur d’un héros n’est rien quand elle cède à la puissance du temps ;

 - Celui qui est affranchi du contact des qualités ne peut être le second d’un autre.

 

L’un a en partage une longue existence, mais la beauté de la vertu lui manque ;

Un autre a ce dernier mérite, mais sait-on s’il vivra longtemps ?

 - Celui-ci réunit les deux avantages, mais il n’est pas beau ;

Il en est un qui a la perfection de la beauté, mais il ne me désire pas. »

 

 

Çuka :  - « Tout ce que l’homme fait pour lui-même et pour ses enfants à l’aide de sa vie, de sa fortune, de son activité, de son cœur et de ses paroles, est sans résultat, parce que tout cela est fait en vue de la distinction ;

Mais les mêmes choses sont utiles, accomplies dans cette vue que Dieu est en toutes choses ;

C’est comme l’arrosement qui donné à la racine, profite à l’arbre tout entier. »

 

Mahâdêva : - « Dieu des dieux, Toi qui remplis le monde, souverain de l’univers qui n’est autre que Toi, Tu es l’âme, la cause et le Seigneur de tous les êtres.

 

Tu es la cause du commencement, de la durée, de la fin de l’univers,

Tu existes et Tu gardes Ta personnalité en dehors de ce monde visible,

Et Tu es ce Brahman, vérité et intelligence ;

Car tout changement est étranger à l’Être immuable.

 

C’est Toi seul dont ils adorent les pieds, ces solitaires amis de la béatitude, qui exempts de désirs ont renoncé à tout attachement pour ce monde et pour l’autre.

Tu es le Brahman parfait, immortel, absolu, exempt de trouble, immuable, qui est tout béatitude, hors duquel il n’est rien, et qui est distinct de tout ;

Tu es la cause de la naissance, de la conservation et de la fin de l’univers, le souverain des âmes, qui n’attend rien d’aucune d’elles, parce que toutes attendent tout de Toi. »

 

Le bienheureux Kaçyapa : - « Ah ! Qu’elle est grande la puissance de l’illusion dont Vichnou dispose !

Combien ce monde est esclave des liens de l’affection !

Qu’est-ce que ce corps, produit des éléments, qui n’est pas l’esprit ?

Et qu’est-ce que l’Esprit qui est supérieur à la nature ?

A qui appartient, et que sont un mari, des enfants et le reste ?

C’est l’erreur qui est la seule cause de tout cela.

Rends un culte au Bienheureux Purucha, à Djanârdana, à Vasudêva, au précepteur de l’univers, qui réside dans le cœur même de tous les êtres.

Hari, qui est plein de compassion pour les malheureux, comblera tes désirs ;

Le culte que l’on rend à Bhagavat est infaillible, nul autre ne l’égale :

 - C’est là ma pensée. »

 

Aditi : - « Chef du sacrifice dont tu es le Purucha, ô Atchyuta,

Toi dont les pieds, sont purs comme un étang sacré,

Toi dont c’est un bonheur que d’entendre le nom,

Toi qui parais pour détruire les douleurs du monde chez ceux qui t’implorent, ô Bhagavat, ô souverain, Toi le premier des êtres, fais aujourd’hui notre bien, car Tu es le protecteur des malheureux.

Adoration à Hari, à Toi qui es l’univers, être immense qui pour créer, conserver et détruire le monde, as revêtu volontairement une multitude d’énergie et de qualités, sans sortir de Toi-même, de Toi au sein de qui l’intelligence parfaite et toujours puissante dissipe toute obscurité !

Une longue existence, un corps désiré, une prospérité sans égale, le ciel, la terre, les enfers, les attributs complets du yoga, les trois objets que recherchent l’homme, Être infini, quand tu es satisfait ;

A bien plus forte raison nous donnerais-tu l’avantage de vaincre nos adversaires. »

 

Brahmâ : - « Victoire à Toi, Bhagavat, qui es chanté au loin ;

Adoration à Toi, Dieu aux grands pas, Dieu ami des Brahmanes, qui parais dans les trois Yugas, adoration, adoration !

Adoration à Toi qui es le fruit de Prichni, le fruit des Vêdas, qui es le créateurs ;

A Toi dont le nombril supporte les trois mondes au-dessus desquels Tu es placé, à Vishnou qui est présent au sein de la victime !

Tu es le commencement, le milieu et la fin de l’univers, Toi que l’on nomme l’Esprit aux énergies infinies ;

Sous la forme du temps, ô Seigneur Bienheureux, Tu emportes le monde, comme un torrent profond entraîne tout ce qui tombe dans ses eaux.

C’est Toi qui donnes l’existence aux êtres mobiles et immobiles, et aux chefs des créatures ;

Sois le refuge, ô Dieu, des dieux déchus du ciel, comme un bateau est le refuge de l’homme tombé dans l’eau. »

 

Bhagavat : - « Tous les objets précieux que renferment les trois mondes seraient insuffisants, ô roi, pour satisfaire l’homme qui n’a pas dompté ses sens.

Celui qui ne se contente pas de l’étendue de trois pas, n’aura pas assez même d’un continent formé de la réunion de neuf varchas, parce qu’il désirera encore les biens de sept continents.

L’homme qui se contente de ce que lui apporte le hasard, vit heureusement ;

Mais celui qui ne sait pas se contenter, n’aura pas assez de la possession des trois mondes, parce qu’il ne se sera pas vaincu lui-même.

La soif insatiable des biens et des plaisirs est pour l’homme la cause de son retour en ce monde ;

Tandis que la satisfaction avec laquelle il reçoit les dons du sort, le conduit à la délivrance.

Le brahmane satisfait du peu qu’il rencontre voit croître sa splendeur ;

Mais quand il ne l’est pas, cette splendeur décline aussi vite que le feu s’éteint sous l’eau.

C’est pourquoi je ne demande que trois pas de terre au premier des princes généreux ;

Il n’en faut pas plus pour me satisfaire, et je ne veux posséder que ce dont j’ai besoin. »

 

Chukrâtcharya : Ce que chantent les brahmanes qui connaissent le mieux le Rig-Vêda :

 - « Le vrai, c’est dire oui ;

Le faux, c’est dire non après avoir promis. »

 

La terre : - « Il n’y a pas de plus grande injustice que la fausseté ;

Et je me crois capable de tout supporter, sauf un homme adonné au mensonge.

Je ne crains pas autant l’enfer, la pauvreté, un océan d’infortune, la chute de mon trône, la mort ;

Je ne crains pas autant tous ces maux que le crime d’abuser un brahmane.

Tout ce qu’un homme possède de richesses doit l’abandonner en ce monde quand il mourra ;

Mais à quoi bon donner son bien, si le don que l’on en fait n’a pas pour but de plaire au brahmane ? »

 

Vindhyâvali : - « Ô Toi qui as créé les trois mondes, uniquement pour Te jouer, il n’y a que des insensés qui puissent s’y prétendre maîtres, ô Seigneur ;

Que pourraient-ils offrir à l’auteur, au souverain et au destructeur de l’univers, ces hommes qui n’ont pas honte de se dire créateurs, et dont tu rabats les prétentions ? »

 

Chuka : - « D’où pourrait venir l’irrégularité d’un sacrifice célébré par celui qui t’honore de toute son âme,

Toi le maître des œuvres,

Toi le chef des sacrifices dont Tu es le Purucha ?

La récitation seule de Ton nom suffit pour effacer toutes les imperfections qui porteraient sur les Mantras, sur l’ordre de la cérémonie, sur le lieu, sur le temps, sur le mérite des invités, ou sur les objets que l’on y distribue en présent.

Je n’en exécuterai pas moins Tes ordres, Dieu immense ;

Obéir à Tes commandements est pour les hommes le souverain bonheur. »

 

 

 

 

 

Comments

Popular posts from this blog

LIVRE 4 (1ère partie)

CHANT 6

LIVRE 7